Piliers de l’économie française et européenne, les entreprises familiales se distinguent par leur poids, leur stabilité et leur performance, portés par une vision de long terme. Face à des défis croissants, leur capacité d’adaptation sera clé pour préserver leur rôle dans la compétitivité et la souveraineté économiques.
En France comme en Europe, les entreprises familiales1 contribuent très substantiellement à la dynamique d’emploi et de valeur ajoutée, faisant d’elles une composante essentielle du tissu économique.
Selon l’étude « Les entreprises familiales en France » réalisée par l’école Paris Dauphine :
Elles sont particulièrement représentées dans le commerce de gros, la grande distribution et l’agroalimentaire (ces secteurs concentrant 43 % de leur valeur ajoutée cumulée contre 37 % pour les entreprises non familiales), ce qui souligne leur poids dans des secteurs stratégiques.
Les principaux résultats de notre étude sur les grandes entreprises familiales et leur performance économique à travers le monde confirment ce dynamisme à l’échelle européenne et internationale.
Les entreprises familiales devraient connaître un essor considérable sur 2025-2030 dans toutes les zones du monde, et particulièrement en Europe. Par ailleurs, l’Europe représente pour l’ensemble des entreprises familiales dans le monde le marché le plus prometteur et leur principale cible d’expansion hors de leur marché national. Cette attractivité de l’Europe comme marché d’expansion naturel tient notamment à une tradition très ancrée vis-à-vis de ce type d’entreprise, avec des modalités d’encadrement et de gouvernance éprouvées, notamment en matière de planification de la succession, renforçant ainsi la confiance des investisseurs et des dirigeants.
En France, les entreprises familiales, en particulier les non-cotées, sont plus productives et contribuent à la stabilité économique grâce à un recours plus fréquent aux emplois permanents. Une meilleure gestion des politiques d’emploi se reflète dans de faibles taux de turnover, de grèves et d’absentéisme. Par ailleurs, la stabilité et la vision de long-terme de ces entreprises aident les salariés à se projeter durablement au sein de l’entreprise, ce qui peut compenser des niveaux de salaires parfois inférieur à ceux des entreprises non familiales comparables.2
Sur le plan financier, les entreprises familiales françaises surperforment également notamment à travers un meilleur rendement des actifs (RoA), pouvant s’expliquer par le choix d’horizons d’investissements plus longs3. En outre, les entreprises familiales françaises non-cotées affichent des ratios d’endettement plus faibles en moyenne4. Ces stratégies financières plus prudentes et davantage axées sur le réinvestissement des gains, confirmées au niveau mondial par l’étude de Deloitte, traduisent également l’attachement à la préservation du contrôle de l’entreprise, caractéristique centrale de leur modèle de gouvernance.5
Au niveau mondial, notre étude souligne aussi que la croissance anticipée du chiffre d’affaires des entreprises familiales sur 2020-2030 est plus forte que celle des entreprises non-familiales (respectivement + 58 % contre + 46 %). Forts notamment de leurs plans d’investissement à long terme6, les dirigeants d’entreprises familiales sont optimistes quant à la croissance de l’activité qu’ils estiment à plus de 10 % par an en moyenne sur les deux prochaines années.7
Les stratégies de croissance des entreprises familiales sont toutefois confrontées à un contexte global particulièrement instable, marqué par une instabilité économique et géopolitique persistante, des disruptions technologiques majeures, et des risques accrus de cyberattaques.
Ces défis amènent 71 % des dirigeants d’entreprises familiales à accorder une attention accrue à la gestion des risques. Ils identifient également, en parallèle de ces défis, des difficultés propres à leurs environnements : l’adoption insuffisante des nouvelles technologies, les difficultés de recrutement, et le risque de conflits de gouvernance, avec, pour toile de fond, la multiplication des processus de succession dans les années à venir.
Face à ces enjeux critiques, le cadre juridique français, aligné avec une volonté politique de protection de la souveraineté économique française, constitue un environnement favorable à la pérennisation des entreprises familiales, notamment à travers le pacte Dutreil (2003), qui vise à faciliter les processus de transition et de succession.
Dans un contexte de tensions géopolitiques, la souveraineté technologique et économique émerge comme une priorité. Via leurs capacités à poursuivre des stratégies de long terme ancrées dans leurs territoires, les entreprises familiales peuvent contribuer à cet objectif de souveraineté, en complément du développement de grands champions européens. Elles participent notamment au maintien d’activités productives, d’emplois et de savoir-faire au sein des territoires.
En définitive, les entreprises familiales s’imposent comme des acteurs incontournables du tissu économique européen, alliant performance, stabilité et ancrage territorial. Leur modèle, fondé sur une vision de long terme et une gestion prudente, constitue un avantage comparatif dans un environnement incertain.
Toutefois, leur pérennité dépendra de leur capacité à relever des défis majeurs, notamment en matière de transformation technologique, d’attractivité des talents et de gestion des transitions générationnelles.
Ainsi, préserver les spécificités des entreprises familiales tout en accompagnant leur modernisation apparaît comme une condition essentielle pour renforcer durablement la compétitivité et la souveraineté de l’économie européenne.