Article co-écrit par Julien Maldonato, Associé en stratégie et confiance numérique chez Deloitte, avec l’appui d’Augustin du Besset, Manager en stratégie en services financiers chez Deloitte, et Bertrand Bouteloup, Directeur Général Europe d’Hopae et Maïlys Mas, Head of Marketing chez Hopae.
L’identité numérique européenne est entrée dans une nouvelle phase avec la publication du règlement eIDAS 2.0 en avril 2024. Ce texte marque un tournant en établissant un cadre juridique clair pour la mise en œuvre d’un Portefeuille Européen d’Identité Numérique1 (EUDI Wallet) dans l’ensemble des États Membres. D’ici fin 2026, chaque État Membre devra ainsi fournir au moins un portefeuille électronique d’identité numérique à ses citoyens2. D’ici fin 2027, les entreprises soumises à la réglementation Anti Money Laundering (AML), ainsi que les « grandes » plateformes digitales et les services publics désignés par le Digital Services Act, devront pouvoir l’accepter comme moyen d’identification.
Pourtant, malgré le cadre commun apporté par eIDAS 2.0 sur le volet juridique et l’Architecture Reference Framework (ARF) sur le volet technique 3, l’adoption de l’identité numérique par les entreprises n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. L’EUDI wallet requiert en effet pour les entreprises de pouvoir vérifier la validité du fournisseur du wallet soit en développant par elle-même le support d’une telle fonction, soit en s’appuyant sur un partenaire.
Pour répondre à cette complexité, l’ARF introduit un nouveau rôle : celui de l’intermédiaire, conçu pour devenir un partenaire stratégique des entreprises dans leur transition vers l’identité numérique. Un rôle qui peut sembler contre-intuitif dans une bascule vers la désintermédiation mais qui prend pourtant tout son sens pour faciliter l’interopérabilité entre les acteurs.
De nombreux moyens d’identification numériques existent déjà en Europe et sont utilisés par des millions de citoyens. Malgré cette présence établie, l’arrivée prochaine de l’EUDI Wallet marque une étape décisive vers une identité numérique fiable et harmonisée au sein de tous les États Membres.
L’identité numérique ne se limite pas à cocher une case réglementaire : elle permet également d’améliorer les taux de conversion grâce à des parcours clients plus rapides, ou encore de réduire la fraude documentaire en s’appuyant sur des identités certifiées par l’État et de niveau d’assurance élevé.
Pour les entreprises, l’arrivée de l’EUDI Wallet couvre donc un triple enjeu : conformité, prévention de la fraude et amélioration de l’expérience client/utilisateur.
Mais concrètement, comment peuvent-elles se préparer à l’intégration de ce nouveau moyen d'identification ?
Deux approches s’offrent alors à elles en matière d’intégration de ce nouveau dispositif.
1. L’intégration directe : une maîtrise en interne mais une complexité pour adopter l'identité numérique
Dans cette approche, l’entreprise établit elle-même les connexions nécessaires avec les EUDI Wallets délivrés par les Etats Membres. En pratique, cela revient à intégrer un mécanisme de vérification des émetteurs de Wallet au travers des registres de confiance, et à porter en interne l’ensemble des challenges associés : techniques, réglementaires et opérationnels.
Pour les entreprises, cela se traduit généralement par plusieurs chantiers à mener :
Traduire les exigences légales et techniques en exigences internes, implique d'intégrer les différents protocoles tout en se conformant à certains standards.
Pour interagir avec les EUDI Wallets, un fournisseur de services doit s’enregistrer auprès d’un registre de confiance national et obtenir un certificat d’accès.
Après avoir compris et retranscrit le cadre légal et technique en impact produit concret, il faudra concevoir et itérer les parcours associés.
Intégrer des mécanismes internes pour s’assurer de la traçabilité de chaque transaction pour répondre aux besoins d'auditabilité, de contrôles et suivi dans le temps.
Les spécifications et règles à suivre sont publiées et mises à jour dans le cadre de l’ARF, avec des versions successives et des phases de consultation/feedback.
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L’intégration en direct permet aux entreprises une maîtrise totale sur l’ensemble du processus, mais les oblige à assumer seules la complexité technique, réglementaire et opérationnelle de l'identité numérique européenne.
2. L’intégration indirecte : un modèle pour pallier la complexité d'intégration de l’identité numérique
Dans le cadre d’eIDAS 2.0, l’ARF introduit une nouvelle catégorie d’acteurs : les intermédiaires.
Ces derniers représentent une classe spécifique de parties prenantes, qui agissent au nom des entreprises, afin de se connecter aux wallets et demander des attributs utilisateurs, tels l’adresse, la date de naissance, l’âge, le nom, le prénom etc. À travers cette approche, les entreprises accèdent à l’ensemble des wallets disponibles en Europe à travers une plateforme proposant une unique interface de programmation d'application (API), éliminant ainsi la complexité technique, réglementaire et opérationnelle.
Un intermédiaire agit au nom d’une entreprise pour :
L’intermédiaire prend en charge l’implémentation des exigences légales et techniques.
L’intermédiaire prend en charge l’enregistrement et l’obtention du certificat d’accès aux registres de confiance, permettant ainsi à l’entreprise d’interagir avec les wallets.
L’intermédiaire propose une API unifiée et personnalisable pour créer de nouveaux flux de vérification d’identité numérique, tout en préservant les parcours clients et limitant les changements.
L’intermédiaire met en place les mécanismes de journalisation et de preuve nécessaires pour répondre aux exigences d’audit, et permet un meilleur contrôle pour l’entreprise.
L’intermédiaire suit les évolutions de la réglementation et du cadre ARF, les spécifications et les exigences associées, limitant l’implication pour les entreprises.
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Dans cette approche, l’enjeu pour les entreprises réside dans le choix de l’intermédiaire permettant d’accéder aux écosystèmes d’identité numérique. Certains acteurs se limitent à la connexion aux EUDI Wallets et d’autres proposent une approche plus large combinant EUDI Wallets et eIDs (l’Identité Numérique La Poste en France, SPID en Italie ou MitID au Danemark), qui sont, selon les pays, adoptées par plus de 95 % de la population4.
Dans un paysage européen hétérogène, combinant wallets et eIDs nationales, le choix de l’intermédiaire conditionne la capacité des entreprises à couvrir durablement l’ensemble de ces moyens d’identification. Il détermine aussi leur aptitude à gérer une phase de transition vers le Wallet, pouvant s’étendre sur trois ans ou plus, en connectant à toutes les identités numériques européennes existantes, qui resteront valides au regard du règlement eIDAS 2.0.
Ces enjeux de couverture, d’interopérabilité et de conformité ne sont pas uniquement techniques : ils ont un impact réel sur les modèles opérationnels des entreprises. Les secteurs soumis à l'AML tels que la finance, les jeux d'argent, ou encore les télécoms en sont de parfaits exemples. Dans ces industries, la pression réglementaire et la hausse des risques liés à la fraude rendent les parcours utilisateurs plus complexes, notamment lors de l’onboarding. L’identité numérique apporte alors une réponse concrète à ces contraintes.
La transformation du secteur financier s’accélère sous l’effet de plusieurs dynamiques convergentes : digitalisation des usages, pression concurrentielle liée à l’ouverture des services bancaires (Open Banking et finance embarquée), montée des risques de fraude alimentés par l’IA, et du déluge réglementaire (DSP2/DSP3, règlement AMLR, Euro numérique), exigences en matière d’innovation des bancarisés. Dans ce contexte, les institutions financières doivent simultanément fluidifier les parcours clients, renforcer la sécurisation des interactions, et garantir la conformité tout au long du cycle de relation.
L’Open Banking s’est imposé comme un catalyseur de cette transition, incarnant le partage de données bancaires enrichies, instantanéité des interactions financières, possibilité d’accès à des services tiers directement depuis les parcours digitaux. Mais pour franchir un nouveau cap, cette ouverture nécessite un mécanisme fiable permettant de vérifier l’identité du client, contrôler ses habilitations, et sécuriser les consentements sans complexifier l’expérience utilisateur.
C’est ici que l’identité numérique devient structurante et stratégique. En garantissant la fiabilité des attributs partagés, en facilitant les vérifications KYC/AML en temps réel, et en permettant une authentification forte adaptée au niveau des risques, elle constitue l’ossature technique et réglementaire de cette évolution. Au-delà de la conformité, elle devient un levier de performance opérationnelle et d’amélioration de l’expérience client.
« Se préparer maintenant offre un avantage compétitif avant l’arrivée de l’EUDI Wallet. »
Julien Maldonato, Associé responsable Strategy & Business Design
Pour anticiper l’arrivée de l’EUDI Wallet, les entreprises peuvent dès aujourd’hui intégrer les eIDs, publiques ou privées, déjà en production et dont le fonctionnement est proche de celui du wallet.
L'Europe présente, en effet, une large diversité d’eIDs déjà adoptées par des millions de citoyens européens. Un démarrage dès 2026 permet d’assurer un go-to-regulatory sans compromettre le succès du go-to-market :
L’identité numérique et les infrastructures qui l’accompagnent ne sont plus un horizon lointain et les acteurs doivent se préparer à opérer dans un environnement où plusieurs approches coexistent. Cette diversité des modèles représente à la fois un défi d’architecture et une formidable opportunité d’innovation.
C’est dans ce contexte que le recours à des plateformes d'intermédiation, comme Hopae, permet de faciliter l’acceptation des eIDs existantes et de se préparer à l’arrivée de l’EUDI Wallet. Cette approche permet aux entreprises de commencer à construire leurs parcours de vérification d'identité numérique dès maintenant, afin d'être prêts pour l’EUDI Wallet.
Une fois ces fondations techniques et opérationnelles en place, l’identité numérique ne se limite pas aux usages d’onboarding et de vérification. Grâce à l’EUDI Wallet, les entreprises pourront également émettre des credentials vérifiables sous forme d'attestations électroniques d’attributs qualifiées ou non qualifiées. Ces attestations pourront ainsi être consommées par d’autres services, ouvrant la voie à de nouveaux usages et modèles économiques pour les entreprises et organisations.
À titre d’exemple, une banque pourra ainsi émettre un IBAN ou une preuve de fonds dans le wallet de son client, qui pourra être présenté à un concessionnaire pour faciliter l’achat d’un véhicule. De même, un établissement d’enseignement pourra délivrer un diplôme sous forme de VC qui sera réutilisable auprès d’une administration pour une demande de visa ou auprès d’un nouvel employeur.
L’EUDI Wallet apporte une couche de confiance supplémentaire dans la vérification d’identité, en ligne comme en présentiel. Il permet de dépasser l’échange de scans ou de documents, au profit d’attestations numériques vérifiables garantissant l’authenticité des données partagées.
Cette transformation s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’une économie de la preuve, portée par l’ouverture des données, la certification numérique et la circulation sécurisée de credentials vérifiables. Une économie où la preuve devient un actif, où la création, la distribution et la validation de preuves certifiées peuvent accélérer le go-to-market des nouveaux services. Les premiers entrants bénéficieront d’un double avantage : un amortissement rapide du ticket d’entrée technologique et organisationnel, et une capacité à capter la valeur générée par les nouveaux usages fondés sur la confiance numérique.
Hopae développe une infrastructure destinée à accompagner les entreprises dans leur adoption de l’identité numérique. Son premier module, Hopae Connect, opère en tant qu’intermédiaire tel que défini par l’Architecture Reference Framework, en permettant la vérification d’identité via l’EUDI Wallet et les eIDs européennes. Pour compléter cette approche, Hopae développe également deux modules dédiés à l’émission de VC et au déploiement de portefeuilles d’identité numérique.
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