Points clés
Comment les organisations devraient-elles considérer leur main-d’œuvre lorsqu’elles cherchent à concevoir des flux de travail appuyés par l’IA? Au cours des dernières années, de nombreuses grandes entreprises ont adopté une approche bien connue : investir dans des outils d’IA, réduire les effectifs et s’attendre à un rendement rapide.
De grandes organisations, tous secteurs confondus, déploient des solutions d’IA, souvent suivies de réductions d’effectifs. En effet, plus de 80 % des entreprises qui mettent en œuvre des capacités opérationnelles autonomes procèdent également à des compressions de personnel1.
Et si cette approche n’avait jamais permis de créer de valeur? Les données et l’expérience des leaders commencent à éclairer les conséquences d’une assimilation entre réduction des coûts et création de valeur.
Les recherches de Deloitte ne montrent aucune preuve constante que les réductions d’effectifs liées à l’IA améliorent la performance financière. Au contraire, alors que 84 % des organisations augmentent leurs investissements en IA, seulement 20 % font état de retombées significatives sur leurs revenus2.
Alors pourquoi l’IA seule ne se traduit-elle pas en création de valeur?
La plupart des organisations se sont arrêtées à l’automatisation. Elles ont déployé des outils d’IA et réduit leurs effectifs, sans pour autant repenser le travail lui-même. En conséquence, les gains d’efficacité initiaux ne se sont pas transformés en performance durable ni en retombées significatives sur les revenus.
Comme on pouvait s’y attendre, la réduction des effectifs crée des écarts. Des dimensions essentielles et propres à l’humain, comme le jugement, le contexte et la créativité, demeurent au cœur des résultats. Lorsque des postes sont supprimés sans redéfinir la manière dont le travail est effectué, ces capacités disparaissent également. Les organisations se retrouvent alors à tenter de reconstituer en urgence des expertises critiques, alors que des occasions manquées et des difficultés d’exécution commencent à se manifester.
La création de valeur repose sur une refonte du travail qui permet aux personnes et à l’IA d’agir de concert, chacun contribuant là où son apport est le plus déterminant.
Les organisations qui tirent une réelle valeur de l’IA la considèrent comme un levier de transformation du travail plutôt que comme un simple enjeu de taille des effectifs. Elles repensent les flux de travail, les mécanismes décisionnels et la manière dont le jugement humain s’articule avec les capacités des technologies. Selon l’étude Global Human Capital Trends 2026 de Deloitte (en anglais), les organisations qui entreprennent cette refonte sont deux fois plus susceptibles de dépasser leurs objectifs de rendement en matière d’IA et près de 2,5 fois plus susceptibles d’obtenir de meilleurs résultats financiers que celles qui se concentrent uniquement sur les gains d’efficience3.
De nombreuses organisations en arrivent à ce constat à leurs dépens. Les premières réductions d’effectifs, fondées sur l’hypothèse que l’IA pouvait prendre en charge l’ensemble des activités, ont mis en lumière des lacunes de capacité qui ralentissent la mise en œuvre et limitent le passage à l’échelle. En réaction, les organisations réembauchent ou réintroduisent des expertises afin de rétablir les capacités perdues.
Lorsqu’elles prennent des décisions durables en matière de talents en s’appuyant sur des capacités technologiques nouvelles ou temporaires, et qu’elles considèrent les premiers gains de productivité comme la preuve d’un remplacement structurel, les organisations négligent une étape essentielle, soit réinvestir les capacités en repensant le travail.
Ce constat met en évidence un contraste marqué. On n’implanterait pas une nouvelle solution technologique sans revoir les processus, analyser les interdépendances et planifier son adoption. Pourtant, les décisions relatives au capital humain sont souvent traitées de manière binaire, soit conserver les postes, soit les supprimer. Une telle approche fait abstraction d’un enjeu plus complexe, mais aussi plus porteur, soit la redéfinition de la contribution des personnes aux côtés de l’IA.
Tout comme on revoit les flux de travail lors de l’introduction de nouvelles technologies, la création de valeur grâce à l’IA exige le même niveau de réflexion intentionnelle quant à la manière dont les personnes contribuent.
Bien que l’IA puisse automatiser et accélérer certaines activités, les résultats continuent de reposer sur le jugement humain, le contexte et la prise de décision. Les organisations qui se démarqueront seront celles qui intégreront délibérément cet apport humain distinctif, en veillant à ce que ces capacités soient au cœur de l’exécution du travail.
Nos recherches chez Deloitte montrent que 93 % des investissements en IA sont consacrés aux technologies, contre seulement 7 % aux personnes et à la conduite du changement4. Une approche axée sur la refonte du travail permet de rééquilibrer ces investissements en accordant une place accrue aux personnes et à la transformation.
Les organisations les plus performantes s’appuieront sur trois archétypes de talents essentiels :
Repenser le travail autour de ces archétypes s’inscrit dans une réinvention plus large de l’entreprise. Les organisations de premier plan partent de l’expérience qu’elles souhaitent offrir à leurs clients, puis redéfinissent les rôles et les processus pour atteindre cet objectif. Cette approche tranche avec la démarche courante qui consiste à multiplier les cas d’usage de l’IA et les initiatives d’automatisation, puis à tenter d’en favoriser l’adoption sans trajectoire claire vers la création de valeur.
Plutôt que de se concentrer sur la réduction des effectifs, les organisations qui obtiennent des résultats concrets se posent une question essentielle : « Comment repenser le travail en fonction des occasions qui s’offrent à nous, et disposons-nous des capacités nécessaires pour le réaliser? »
Voici huit actions sans regret pour y répondre.
Une entreprise européenne de télécommunications a intégré l’IA à son service à la clientèle sans revoir les rôles ni les flux de travail, n’obtenant qu’un gain de productivité d’environ 5 %. En réorientant près de 90 % de ses efforts vers la refonte des interactions entre les personnes et l’IA, notamment les mécanismes d’escalade, les seuils de confiance et la formation, elle a atteint une amélioration d’environ 30 %5.
Une entreprise technologique mondiale s’est associée à Deloitte pour aller au-delà du simple déploiement d’outils d’IA et adopter une approche structurée de refonte du travail et des rôles. Les équipes ont recensé plus de 170 cas d’usage appuyés par l’IA et ont chiffré un potentiel de capacité de plus de 44 millions de dollars américains (environ 60 millions de dollars canadiens)6. Cette démarche a permis de traduire les investissements en IA en valeur d’affaires mesurable à grande échelle.
Un constructeur automobile mondial risquait de perdre des expertises essentielles avec le départ à la retraite d’ingénieurs expérimentés, alors que ses opérations complexes exigeaient toujours un haut niveau de jugement technique. Il a mis en place un programme d’expertise avancée, réembauchant des ingénieurs retraités dans des rôles flexibles axés sur des projets afin de résoudre des défis techniques et d’accompagner les équipes. Cette initiative a permis de préserver les connaissances organisationnelles, d’accélérer la résolution de problèmes et de structurer le transfert des savoirs7.
Les organisations de premier plan redéfinissent leurs façons de mesurer la valeur en établissant un lien entre la refonte du travail et des indicateurs clés d’affaires, telles que l’expérience client, la rapidité et la qualité des décisions, plutôt que de se limiter aux économies de coûts. L’ajout de l’IA aux processus existants continuera autrement de produire des gains marginaux.
En combinant la refonte du travail à des données prospectives et à des capacités de modélisation, notamment grâce à des plateformes comme Workforce Analyzer (en anglais), Deloitte accompagne les leaders pour repérer les sources de valeur de l’IA, définir les capacités requises et suivre les résultats à mesure que le travail évolue. L’accent se déplace ainsi de la réduction des efforts vers la création de retombées, et d’une recherche d’efficience à court terme, obtenue par la réduction des effectifs, vers une performance durable portée par les personnes.
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