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Droits de douane : l’Europe prise en étau entre les États-Unis et la Chine

Entre pression tarifaire américaine et offensive commerciale chinoise, un double choc qui redessine les équilibres européens

Huit mois après le Liberation Day, les données du commerce international confirment une double contrainte pour l’Europe : pression américaine sur les exportations et intensification de la concurrence chinoise, au risque d’une érosion durable de la compétitivité européenne.

En résumé

  • Les tensions commerciales mondiales continuent de peser sur l’économie européenne. Huit mois après le Liberation Day, pour l’Europe, le sujet ne se limite pas à la hausse des droits de douane américains. Le vrai enjeu est un double choc : une pression directe sur les exportations vers les États-Unis, et une pression indirecte via la montée des exportations chinoises vers l’Europe. 
  • Côté européen, les exportations de l’UE vers les États-Unis ont culminé à 71 milliards d’euros en mars 2025, contre 42 milliards en moyenne mensuelle sur 2023-2024, avant de retomber sous leur tendance. 
  • Côté français, les exportations vers les États-Unis s’établissent ensuite à 3,5 milliards d’euros par mois, soit un recul de près de 20 % par rapport au scénario contrefactuel. 
  • Depuis 2022, la Chine continue de gagner des parts de marché en Europe en volume, alors que la valeur de ses exportations vers l’UE ne progresse plus que de 0,5 % par an, signe d’une pression-prix accrue.
  • Pour les entreprises et les décideurs, ce contexte ne met pas fin à la mondialisation mais en transforme les règles : localisation, approvisionnements et exposition États-Unis / Chine deviennent des arbitrages clés de compétitivité et de résilience.

Droits de douane : quels défis pour l’Europe et la France ?

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Droits de douanes américains, une illusion coûteuse ?

Tarifs douaniers : une facture d’abord américaine

Les tarifs sont très largement payés par les entreprises et consommateurs américains, alimentant une inflation qui reste toutefois contenue par l’absorption d’une partie des tarifs dans les marges des entreprises, et par des hausses de productivité par ailleurs dans l’économie américaine.

Recettes en hausse, incertitudes budgétaires

La hausse des recettes fiscales est indéniable, mais constitue de fait une taxe supplémentaire dont la question de la redistribution reste incertaine, dans un contexte de déficit budgétaire américain en passe de déraper.

Commerce mondial : le temps des ajustements

L’effet sur les flux commerciaux vers les États-Unis observé en 2025 se découpe en deux phases distinctes d’un boom des importations par anticipation de la hausse des tarifs, suivie d’une baisse dont il est encore difficile de conclure si elle est un repli transitoire suite au déstockage des quantités achetées par anticipation, ou un recul plus structurel lié à la substitution d’importations par des achats domestiques, pour éviter les hausses de prix imputables aux taxes.

Croissance américaine : un équilibre sous tension

À part pour les entreprises et employés des secteurs les plus exposés aux importations, qui bénéficieront de l’effet de substitution, l’effet sur l’économie américaine est plutôt négatif à court terme, et dépendra à long terme de l’ampleur du phénomène de relocalisation des activités industrielles les plus exposées, qui reste très incertain au vu des freins persistants. Mais cet effet est contrebalancé par le dynamisme de l’économie américaine, notamment portée par les investissements massifs liés à l’IA.

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Schéma des impacts potentiels des droits de douane

Décideurs : quels choix stratégiques dans un monde plus protectionniste ?

Le protectionnisme ne met pas fin à la mondialisation. Il transforme profondément les règles du jeu et contraint les entreprises à faire des choix qu’elles pouvaient jusqu’ici éviter. Pour les dirigeants, membres de COMEX et acteurs économiques, ces évolutions imposent des arbitrages plus explicites, à la croisée des enjeux industriels, financiers et géopolitiques :

Produire devient un choix de souveraineté

Choisir où produire n’est plus seulement une décision industrielle, mais une décision de souveraineté. Produire aux États-Unis, en Europe ou en Asie implique désormais d’arbitrer entre accès au marché, coûts de production et risques politiques.

Sécuriser les approvisionnements a un coût

Réduire les dépendances critiques suppose d’accepter un surcoût. Sécuriser certaines chaînes d’approvisionnement peut peser sur les marges à court terme, mais ne pas le faire expose à des ruptures potentiellement beaucoup plus coûteuses.

Piloter son exposition géopolitique

Les entreprises doivent désormais définir explicitement leur niveau d’exposition aux États-Unis et à la Chine. Ce positionnement devient un choix structurant en matière de risque, de marché et de stratégie industrielle.

Intégrer les scénarios de rupture

Tarifs, quotas, contrôles à l’export : ces scénarios ne sont plus exceptionnels, mais centraux. Ils doivent être intégrés dès aujourd’hui dans les décisions d’investissement et les projections à moyen terme.

Arbitrer entre marge et résilience

Optimiser les coûts ne suffit plus : il faut arbitrer entre rentabilité à court terme et robustesse à long terme. La résilience devient un critère clé de performance dans un environnement marqué par l’incertitude.

L’Europe face aux tensions commerciales mondiales : entre résilience et vulnérabilités

Pour la France et l’Europe, les effets directs sont encore mesurés, car la baisse des flux observée après la hausse des tarifs (davantage visible au niveau européen qu’au niveau français) est aussi la contrepartie d’anticipations d’achats importantes dans les mois précédant les annonces. La position des exportateurs européens vers les États-Unis reste forte sur plusieurs produits à haute valeur technologique : il est donc peu probable que ces flux s’écroulent du fait des tarifs, mais la politique commerciale américaine peut faire craindre une réorientation des investissements futurs des entreprises européennes vers la zone US, pour ne pas être à la merci de nouvelles barrières tarifaires.

L’analyse des importations européennes depuis la Chine ne montre pas, à date, une rupture imputable à l’entrée en vigueur des tarifs américains : la dynamique préoccupante de hausse des importations depuis la Chine est largement antérieure à l’entrée en vigueur des hausses de tarifs. Cependant, le rerouting existe, sur une part au moins des produits chinois, et celui-ci vient accélérer la stratégie de pénétration des marchés européens par les entreprises chinoises via une stratégie de montée en gamme technologique, mais aussi d’agressivité tarifaire accrue. Nos analyses montrent ainsi que la Chine gagne des parts de marché en volume depuis 2022 à valeur d’exportation inchangée. Cela confirme les discours alarmistes des industriels européens concernant l’intensité de la concurrence chinoise, et la nécessité impérieuse de limiter les écarts de compétitivité-prix par rapport aux entreprises chinoises.

L’année 2025 a été marquée par une très forte volatilité et incertitude autour du devenir des tarifs douaniers. Le paysage qui se dessine semble être celui d’une économie mondiale davantage sujette aux tensions géopolitiques et aux risques de fermeture partielle ou temporaire, mais aucune zone ne peut, au moins à court et moyen terme, remettre totalement en cause l’intégration internationale des chaînes de valeur. L’enjeu risque donc de se concentrer sur certains produits critiques. La Chine a notamment annoncé en octobre 2025 l’élargissement des contrôles aux exportations de batteries lithium-ion, de matériaux et de technologies produits à partir de terres rares, décision suspendue dans la foulée jusqu’en octobre 2026.

Au niveau français et européen, confrontés au double front des tensions avec la Chine et les États-Unis, le défi est à la fois de regagner une relative autonomie industrielle et stratégique, à moyen terme, et de positionner son niveau de réponse face aux pressions américaines et chinoises, à court terme. Les menaces de rétorsion projetées envers les États-Unis suite aux déclarations relatives au Groenland, d’une part, ou les mesures défensives vis-à-vis de la Chine (comme la taxe sur les petits colis, les quotas sur l’acier, ou le projet d’obligation de contenu local dans l’automobile), d’autre part, sont de premiers exemples de ces réponses politico-économiques. Trouver le bon curseur sera un exercice délicat, au vu des dépendances européennes et des risques collectifs en cas de déclenchement d’une spirale de représailles commerciales entre blocs.

Questions fréquentes  

Quel est l’impact des tarifs sur les importations américaines ?

L’effet sur les importations se déroule en deux phases : 

  • Une hausse temporaire des importations avant l’entrée en vigueur des tarifs (anticipation des entreprises) 
  • Puis une baisse des flux, dont la nature reste incertaine : ajustement temporaire ou tendance structurelle vers une substitution domestique.  

Quel est l’impact des tensions commerciales sur l’économie européenne ? 

À ce stade, l’impact direct sur l’Europe reste modéré. La baisse récente des exportations vers les États-Unis s’explique en partie par des effets d’anticipation. Les exportateurs européens conservent une position solide, notamment sur les produits à haute valeur technologique. 

Pourquoi la concurrence chinoise inquiète-t-elle l’Europe ? 

La Chine gagne des parts de marché en Europe grâce à une montée en gamme technologique, et des prix très compétitifs. Cela accentue la pression sur les entreprises européennes et renforce les enjeux de compétitivité-prix. 

Quels sont les secteurs les plus stratégiques dans les tensions commerciales actuelles ? 

Les tensions se concentrent de plus en plus sur des produits critiques, notamment les batteries lithium-ion, les terres rares, et les technologies avancées. Ces secteurs sont essentiels pour l’industrie et la transition énergétique.  

Quels sont les principaux défis pour la France et l’Europe ?

Les principaux enjeux sont : 

  • Réduire la dépendance industrielle 
  • Maintenir la compétitivité face à la Chine 
  • Répondre aux pressions commerciales américaines 
  • Eviter une spirale de conflits commerciaux 

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