Huit mois après le Liberation Day, les données du commerce international confirment une double contrainte pour l’Europe : pression américaine sur les exportations et intensification de la concurrence chinoise, au risque d’une érosion durable de la compétitivité européenne.
Les tarifs sont très largement payés par les entreprises et consommateurs américains, alimentant une inflation qui reste toutefois contenue par l’absorption d’une partie des tarifs dans les marges des entreprises, et par des hausses de productivité par ailleurs dans l’économie américaine.
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La hausse des recettes fiscales est indéniable, mais constitue de fait une taxe supplémentaire dont la question de la redistribution reste incertaine, dans un contexte de déficit budgétaire américain en passe de déraper.
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L’effet sur les flux commerciaux vers les États-Unis observé en 2025 se découpe en deux phases distinctes d’un boom des importations par anticipation de la hausse des tarifs, suivie d’une baisse dont il est encore difficile de conclure si elle est un repli transitoire suite au déstockage des quantités achetées par anticipation, ou un recul plus structurel lié à la substitution d’importations par des achats domestiques, pour éviter les hausses de prix imputables aux taxes.
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À part pour les entreprises et employés des secteurs les plus exposés aux importations, qui bénéficieront de l’effet de substitution, l’effet sur l’économie américaine est plutôt négatif à court terme, et dépendra à long terme de l’ampleur du phénomène de relocalisation des activités industrielles les plus exposées, qui reste très incertain au vu des freins persistants. Mais cet effet est contrebalancé par le dynamisme de l’économie américaine, notamment portée par les investissements massifs liés à l’IA.
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Le protectionnisme ne met pas fin à la mondialisation. Il transforme profondément les règles du jeu et contraint les entreprises à faire des choix qu’elles pouvaient jusqu’ici éviter. Pour les dirigeants, membres de COMEX et acteurs économiques, ces évolutions imposent des arbitrages plus explicites, à la croisée des enjeux industriels, financiers et géopolitiques :
Choisir où produire n’est plus seulement une décision industrielle, mais une décision de souveraineté. Produire aux États-Unis, en Europe ou en Asie implique désormais d’arbitrer entre accès au marché, coûts de production et risques politiques.
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Réduire les dépendances critiques suppose d’accepter un surcoût. Sécuriser certaines chaînes d’approvisionnement peut peser sur les marges à court terme, mais ne pas le faire expose à des ruptures potentiellement beaucoup plus coûteuses.
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Les entreprises doivent désormais définir explicitement leur niveau d’exposition aux États-Unis et à la Chine. Ce positionnement devient un choix structurant en matière de risque, de marché et de stratégie industrielle.
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Tarifs, quotas, contrôles à l’export : ces scénarios ne sont plus exceptionnels, mais centraux. Ils doivent être intégrés dès aujourd’hui dans les décisions d’investissement et les projections à moyen terme.
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Optimiser les coûts ne suffit plus : il faut arbitrer entre rentabilité à court terme et robustesse à long terme. La résilience devient un critère clé de performance dans un environnement marqué par l’incertitude.
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Pour la France et l’Europe, les effets directs sont encore mesurés, car la baisse des flux observée après la hausse des tarifs (davantage visible au niveau européen qu’au niveau français) est aussi la contrepartie d’anticipations d’achats importantes dans les mois précédant les annonces. La position des exportateurs européens vers les États-Unis reste forte sur plusieurs produits à haute valeur technologique : il est donc peu probable que ces flux s’écroulent du fait des tarifs, mais la politique commerciale américaine peut faire craindre une réorientation des investissements futurs des entreprises européennes vers la zone US, pour ne pas être à la merci de nouvelles barrières tarifaires.
L’analyse des importations européennes depuis la Chine ne montre pas, à date, une rupture imputable à l’entrée en vigueur des tarifs américains : la dynamique préoccupante de hausse des importations depuis la Chine est largement antérieure à l’entrée en vigueur des hausses de tarifs. Cependant, le rerouting existe, sur une part au moins des produits chinois, et celui-ci vient accélérer la stratégie de pénétration des marchés européens par les entreprises chinoises via une stratégie de montée en gamme technologique, mais aussi d’agressivité tarifaire accrue. Nos analyses montrent ainsi que la Chine gagne des parts de marché en volume depuis 2022 à valeur d’exportation inchangée. Cela confirme les discours alarmistes des industriels européens concernant l’intensité de la concurrence chinoise, et la nécessité impérieuse de limiter les écarts de compétitivité-prix par rapport aux entreprises chinoises.
L’année 2025 a été marquée par une très forte volatilité et incertitude autour du devenir des tarifs douaniers. Le paysage qui se dessine semble être celui d’une économie mondiale davantage sujette aux tensions géopolitiques et aux risques de fermeture partielle ou temporaire, mais aucune zone ne peut, au moins à court et moyen terme, remettre totalement en cause l’intégration internationale des chaînes de valeur. L’enjeu risque donc de se concentrer sur certains produits critiques. La Chine a notamment annoncé en octobre 2025 l’élargissement des contrôles aux exportations de batteries lithium-ion, de matériaux et de technologies produits à partir de terres rares, décision suspendue dans la foulée jusqu’en octobre 2026.
Au niveau français et européen, confrontés au double front des tensions avec la Chine et les États-Unis, le défi est à la fois de regagner une relative autonomie industrielle et stratégique, à moyen terme, et de positionner son niveau de réponse face aux pressions américaines et chinoises, à court terme. Les menaces de rétorsion projetées envers les États-Unis suite aux déclarations relatives au Groenland, d’une part, ou les mesures défensives vis-à-vis de la Chine (comme la taxe sur les petits colis, les quotas sur l’acier, ou le projet d’obligation de contenu local dans l’automobile), d’autre part, sont de premiers exemples de ces réponses politico-économiques. Trouver le bon curseur sera un exercice délicat, au vu des dépendances européennes et des risques collectifs en cas de déclenchement d’une spirale de représailles commerciales entre blocs.