La nouvelle Directive (UE) 2023/2225 (et l’ordonnance du 3 septembre 2025 qui la transpose en droit français) vise à instaurer un niveau élevé et homogène de protection des consommateurs sur le marché du crédit, en harmonisant les règles applicables dans l’Union européenne.
À un an de l’entrée en vigueur de cette directive (20 novembre 2026), nous nous interrogeons d’une part sur ses impacts sur le niveau d’endettement des ménages en France et d’autre part sur les implications opérationnelles de sa mise en œuvre pour les organismes prêteurs.
Le surendettement en France demeure un phénomène structurel touchant principalement des ménages fragiles, à faibles revenus et disposant de peu d’épargne. En 2024, les dépôts de dossiers ont connu une légère progression, notamment sous l’effet du regain inflationniste et de l’essor des mini-crédits et du paiement fractionné. A l’échelle de la France métropolitaine, en 2024, les commissions de surendettement métropolitaines ont traité 131 080 dossiers, en hausse de 9,5 % sur un an.
Le profil de la population surendettée présente des caractéristiques ci-dessous :
vivent sous le seuil de pauvreté
sont locataires ou hébergés à titre gratuit
sont des personnes âgées de 25 à 64 ans
sont séparés, célibataires ou veufs
sont des femmes
sont ouvriers et employés
sont des personnes vivant seules
sont des familles monoparentales
Selon la Banque de France, en août 2025, le nombre de dossiers de surendettement déposés augmente de 3,6 % par rapport à août 2024. Sur les huit premiers mois de l’année 2025, la hausse du nombre de dépôts de dossiers de surendettement s’établit à 6,7 % par rapport aux huit premiers mois de 2024. Les risques de surendettement demeurent donc élevés en raison de la vulnérabilité persistante des ménages, de la pression sur le pouvoir d’achat et de la diffusion de nouveaux modes d’accès au crédit.
Toutefois, le renforcement réglementaire et les dispositifs de prévention pourraient contenir une hausse trop marquée. C’est dans ce cadre que la directive sur le crédit à la consommation intervient.
La nouvelle directive européenne sur le crédit à la consommation apporte bien des éléments complémentaires à la loi Neiertz (1989) et à la loi Lagarde (2010), mais elle ne joue pas sur les mêmes leviers.
La nouvelle directive élargit le champ des crédits réglementés : elle couvre désormais des prêts auparavant peu encadrés (mini-crédits (< 200 €), crédits « gratuits », paiements fractionnés (BNPL - Buy Now Pay Later), etc.). Elle vise par ailleurs à instaurer un niveau élevé et homogène de protection des consommateurs sur le marché du crédit, en harmonisant les règles applicables dans l’Union européenne.
Elle impose aux prêteurs une évaluation rigoureuse de la solvabilité de chaque consommateur afin de prévenir l’octroi irresponsable de crédits et limiter les risques de surendettement. La directive prévoit également la mise à disposition de services indépendants de conseil aux personnes endettées, pour accompagner les ménages en difficulté financière et favoriser leur retour à un niveau d’endettement soutenable.
D’autre part, elle encourage l’éducation financière et la transparence, afin que les consommateurs puissent prendre des décisions éclairées lors de la souscription d’un crédit. Enfin, la directive instaure des mécanismes de détection précoce et d’accompagnement pour éviter que les difficultés financières ne se transforment en situations de surendettement durable.
La nouvelle directive européenne sur le crédit à la consommation met en place un arsenal de mesures visant à prévenir et réduire le surendettement des ménages. Elle impose une évaluation rigoureuse et systématique de la solvabilité avant l’octroi de crédit, assurant que les prêteurs vérifient la capacité réelle de remboursement de chaque consommateur, en tenant compte de l’ensemble de ses charges et revenus. Cette démarche vise à éviter l’octroi irresponsable de crédits et à limiter les risques d’impayés et d’accumulation de dettes. La directive encourage également la mise en place de plafonds sur les taux débiteurs et le coût total du crédit, afin de protéger les consommateurs contre des conditions financières excessivement onéreuses.
Par ailleurs, elle rend obligatoire la disponibilité de services indépendants de conseil aux personnes endettées : ces services, accessibles moyennant des frais limités, apportent un accompagnement personnalisé, juridique, social et financier aux ménages en difficulté. Les prêteurs ont désormais l’obligation d’orienter activement leurs clients en difficulté vers ces dispositifs, dans une logique de prévention avant toute procédure contentieuse. La directive prévoit également des mesures de renégociation adaptées : allongement de la durée du prêt, report ou réduction temporaire des remboursements, refinancement ou consolidation de dettes, voire remise partielle. Ces solutions doivent être étudiées au cas par cas selon la situation du ménage.
En complément, la directive insiste sur l’importance de l’éducation financière et la diffusion d’informations claires sur les risques liés au crédit, notamment pour les primo-accédants ou via des outils numériques. Cette sensibilisation vise à rendre les consommateurs plus responsables et avertis dans leur démarche d’emprunt.
Ces exigences entraînent d’importants impacts opérationnels pour les établissements prêteurs. Ils doivent adapter leurs processus internes afin d’intégrer des politiques efficaces de détection précoce des difficultés financières chez leurs clients (par exemple, via le suivi régulier des impayés ou le recours à des outils d’alerte).
Les équipes doivent être formées pour accompagner les clients en difficulté : information sur les recours possibles, orientation vers les conseillers indépendants et gestion personnalisée des dossiers sensibles. De plus, il leur faut renforcer leurs dispositifs de conformité pour répondre aux exigences renforcées en matière d’évaluation de la solvabilité.
Enfin, ces évolutions nécessitent des évolutions des systèmes d’information (pour le suivi des alertes ou l’automatisation des vérifications), une meilleure documentation interne et une coopération accrue avec les acteurs externes spécialisés dans le conseil aux personnes endettées.
L’ensemble de ces évolutions devrait contribuer à une meilleure maîtrise du risque de surendettement en France.
Une analyse de solvabilité plus précise et encadrée réduit mécaniquement le risque d’octroi inadapté, en particulier pour les publics les plus vulnérables. L’encadrement des nouveaux produits de crédit et l’intervention renforcée des équipes en cas d’évaluation automatisée pourraient également limiter les situations de cumul de crédit non maîtrisées.
Toutefois, ces évolutions auront un coût opérationnel pour les prêteurs et pourraient restreindre l’accès au crédit pour certains profils.
L’équilibre entre protection et inclusion financière sera déterminant pour que la directive atteigne pleinement ses objectifs de prévention du surendettement.