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Carbon farming en Europe : un marché prêt à décoller, en quête de signaux clairs

Baromètre européen du carbon farming 2026

Alors que les agriculteurs se mobilisent massivement et que l’offre de crédits carbone agricoles se structure, la demande des entreprises tarde encore à suivre. La seconde édition du Baromètre européen du carbon farming, menée par Deloitte et la Climate Agriculture Alliance (CAA), révèle un marché en pleine maturité côté offre, mais freiné par le manque de visibilité réglementaire et stratégique côté demande. Elle décrypte la maturité du marché, les attentes des acheteurs, les co-bénéfices environnementaux, ainsi que les principaux freins et leviers à son passage à l’échelle.
 

Article corédigé par Aurore Ungerer, senior manager dans les équipes Sustainability de Deloitte France.

En résumé

  • Un écosystème de l’offre déjà robuste : 2,5 MtCO₂e générées en 2025, soit 5,4 millions d’hectares couverts et 6 650 agriculteurs impliqués, principalement au sein de programmes CAA.
  • Les programmes reposent sur des pratiques régénératrices multiples, centrées sur les grandes cultures.
  • Les acheteurs ciblent d’abord leurs objectifs climat (SBTi, net zero), et recherchent des unités certifiées, auditées, avec co-bénéfices environnementaux.
  • L’offre de crédits dépasse aujourd’hui la demande, freinée par l’incertitude réglementaire, les questions d’usage des unités et la complexité des standards.
  • Les acteurs anticipent néanmoins une hausse des volumes achetés au cours des trois prochaines années, portée par le renforcement des objectifs climatiques et la clarification du cadre réglementaire (CRCF, Buyers’ Club). 
  • Au-delà du carbone, les « nature units » (biodiversité, eau, sols) suscitent un intérêt croissant, notamment auprès des entreprises engagées dans des démarches SBTN ou TNFD.

Baromètre européen du carbon farming 2026

Accédez à l’intégralité des résultats du baromètre : état des lieux de l’écosystème, motivations des acheteurs, obstacles à la montée en puissance et scénarios d’évolution à horizon trois ans.

Le carbon farming, déjà bien ancré dans les fermes européennes

Le carbon farming n’est plus une idée théorique : des milliers d’agriculteurs mettent en œuvre des pratiques régénératrices qui stockent du carbone dans les sols, réduisent les émissions et renforcent la résilience des exploitations. 

Selon le Baromètre, les répondants ont généré 2,5 millions de tonnes de CO₂e d’unités carbone* en 2025, couvrant 5,4 millions d’hectares et impliquant 6 650 agriculteurs, dont 92 % via des programmes membres de la Climate Agriculture Alliance. Ces programmes combinent couverts végétaux, rotations diversifiées, fertilisation optimisée, réduction du travail du sol et agroforesterie, avec un écosystème de l’offre déjà structuré à grande échelle.

Ce que ces crédits carbone changent pour les entreprises

Pour les entreprises, notamment dans l’agroalimentaire, les crédits carbone issus du carbon farming s’intègrent désormais au cœur des stratégies climat. La majorité des acheteurs les mobilise pour atteindre leurs trajectoires SBTi et net zero, tout en anticipant le renforcement des exigences réglementaires.

Ces crédits offrent un double bénéfice : contribuer aux objectifs climat tout en renforçant la durabilité des approvisionnements agricoles (santé des sols, biodiversité, résilience face aux aléas climatiques). Les acheteurs privilégient des crédits certifiés, audités par des tiers et porteurs de co-bénéfices environnementaux, plutôt qu’une logique de prix bas.

Pourquoi la demande reste en retrait

Malgré cette offre déjà robuste, les volumes achetés ne reflètent pas encore tout le potentiel. Les unités disponibles dépassent aujourd’hui la demande, alors que le chemin à parcourir pour respecter l’Accord de Paris reste considérable.

Plusieurs freins expliquent cette prudence : manque de clarté sur les cas d’usage des unités (compensation, neutralité, reporting), crainte de greenwashing, complexité des standards et des démarches de certification, volatilité des prix et des modèles de financement. Beaucoup d’entreprises continuent de focaliser leurs efforts sur la réduction directe des émissions, en attendant des signaux plus nets sur l’intégration des crédits agricoles dans leurs stratégies.

Les clés pour faire du carbon farming un réflexe climat en Europe

Le baromètre identifie trois leviers décisifs pour enclencher la demande :

  • Des cadres réglementaires et méthodologiques clairs et stables, notamment avec le futur Carbon Removal Certification Framework (CRCF) et les initiatives de type Buyers’ Club ;
  • Une meilleure rémunération des agriculteurs grâce à des incitations adaptées, un partage de valeur plus transparent et une coopération renforcée avec les coopératives et les développeurs de projets ;
  • Un accès simplifié aux marchés carbone (volontaires ou réglementaires) pour les acteurs agricoles.

Une montée en puissance des « nature units » est également observée : des crédits qui valorisent des bénéfices en matière de biodiversité, d’eau ou de sols, particulièrement recherchés par les entreprises engagées dans des cadres comme SBTN ou TNFD. L’Europe dispose déjà d’un écosystème mobilisé ; l’enjeu est désormais de structurer la demande pour consolider cette avance et faire du carbon farming un pilier de la transition agricole et climatique.

Le rapport s’appuie sur les réponses de près de 60 organisations, représentant une diversité d’acteurs du marché volontaire du carbone (développeurs de projets, fournisseurs de solutions MRV, intermédiaires) mais aussi de la demande, en particulier du secteur agricole et agroalimentaire. 

* L’étude porte sur les « unités » carbone qui peuvent être définies comme une tonne de CO₂e réduite, évitée ou séquestrée. Elles peuvent par exemple se présenter sous la forme de crédits carbone, d’ « insets » au sein de la chaîne de valeur, ou être comptabilisées et déclarées dans un rapport de durabilité. 

Agriculture & Climat

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que le carbon farming ?

Le carbon farming désigne l’ensemble des pratiques agricoles qui permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre ou de stocker davantage de carbone dans les sols et la biomasse. Il s’inscrit souvent dans une logique d’agriculture régénératrice, où l’on cherche à améliorer la santé des sols, la biodiversité et la résilience des systèmes agricoles, tout en générant des unités carbone pouvant être valorisées par les entreprises.

À quoi servent les crédits carbone agricoles pour une entreprise ?

Les crédits issus du carbon farming peuvent :

  • Contribuer à l’atteinte des objectifs climat (par exemple dans le cadre de trajectoires SBTi ou net zero) ;
  • Aider à gérer les risques liés au climat et aux approvisionnements agricoles ;
  • Renforcer la crédibilité des engagements RSE, à condition d’être utilisés dans un cadre de stratégie climat robuste (priorité aux réductions d’émissions internes, transparence, intégrité environnementale).

Qu’est-ce qu’une « unité carbone » dans le carbon farming ?

Une unité carbone correspond à une tonne de CO₂ équivalent réduite, évitée ou séquestrée grâce à un projet agricole. Elle peut être :

  • Transformée en crédit carbone pour le marché volontaire ;
  • Utilisée comme « inset » dans la chaîne de valeur de l’entreprise ;
  • Comptabilisée et déclarée dans un rapport de durabilité.

Ces unités peuvent être associées à des standards et labels (Verra/VCS, ISO 14064, Label Bas-Carbone, Gold Standard, etc.) qui encadrent les méthodologies de calcul, de suivi et de vérification.

Le carbon farming est-il réservé aux grandes exploitations ?

Non. Le carbon farming peut être mis en œuvre sur des exploitations de toutes tailles. Les grandes fermes ont souvent plus de surface et de capacité d’investissement, mais les petites et moyennes exploitations peuvent aussi générer des unités carbone en adoptant des pratiques régénératrices adaptées à leur contexte (couverts, rotations, agroforesterie, etc.). L’enjeu principal est l’accompagnement technique et économique, plus que la taille de l’exploitation.

Le carbon farming est-il compatible avec les pratiques agricoles conventionnelles ?

Il peut l’être, mais implique souvent une évolution du modèle. Certaines pratiques régénératrices (couverts, rotations, réduction du travail du sol, optimisation de la fertilisation) peuvent être intégrées progressivement au sein de systèmes conventionnels. Cependant, pour maximiser le potentiel de stockage de carbone et les co-bénéfices agronomiques, le carbon farming pousse à repenser l’itinéraire technique, la gestion des intrants et parfois le modèle économique de l’exploitation.

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