Le Pacte vert pour l’Europe (European Green Deal) et la Loi européenne sur le climat engagent l’Union européenne à atteindre la neutralité climatique — zéro émission nette de CO₂ et de gaz à effet de serre — d’ici 2050. Pour y parvenir, les rapports du GIEC soulignent qu’un déploiement à grande échelle de solutions d’absorption du dioxyde de carbone (CO₂) sera indispensable pour compenser les émissions résiduelles difficiles à réduire.
Décryptage du rapport écrit par Deloitte et commandité par la commission européenne.
L’agrostockage de carbone (carbon farming) regroupe un ensemble de pratiques agricoles et forestières, mises en œuvre au niveau d’une exploitation ou d’un territoire, qui favorisent l’absorption du CO₂ et la réduction des émissions des sols, tout en renforçant la biodiversité, la santé des sols et la résilience des zones rurales.
Compte tenu du fort potentiel de l’agrostockage de carbone et de l’usage des terres pour l’atténuation du climat, l’Union européenne a adopté en 2024 le CRCF (Carbon Removal Certification Framework), un règlement européen pour encadrer et certifier les absorptions de carbone. Il s’agit du premier cadre volontaire à l’échelle européenne visant à certifier des crédits de haute qualité liés à :
Ce cadre a pour objectif de fixer des règles claires et fiables au niveau de l’UE pour quantifier, suivre et vérifier les absorptions de carbone.
Consciente que le déploiement à grande échelle de l’agrostockage de carbone nécessitera un financement approprié, la Direction générale de l’action pour le climat (DG CLIMA) de la Commission européenne a confié à Deloitte la définition d’un mécanisme financier capable de :
Pour mener cette étude, Deloitte a d'abord procédé à une analyse approfondie :
Parmi les retours mentionnés par les acheteurs sur leurs motivations à l’achat de ce type de crédit, nous retrouvons notamment l’atteinte des engagements net-zéro des entreprises et l’investissement dans la résilience de leurs chaînes d’approvisionnement. Ils soulignent toutefois des incertitudes sur les cas d’usage des crédits, leur permanence, les coûts de MRV (measurement, reporting & verification) et les risques réputationnels.
Afin d’identifier le mécanisme financier le plus pertinent pour le déploiement à grande échelle de l’agrostockage de carbone au sein de l'UE, nous avons évalué chaque option au regard de facteurs clés de succès :
Réduction des risques
Financement mixte (blended finance)
Combinaison de paiements avec obligations de moyens ou de résultats
Engagement à long terme
Stabilité et compétitivité des prix
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Quatre modèles financiers ont été évalués selon ces critères : un club d'acheteurs (buyer's club), des enchères inversées (reverse auctions), un fonds carbone (carbon fund), et un véhicule financier basé sur la dette (debt-oriented vehicle).
L’étude conclut que le club d’acheteurs, inspiré des engagements d’achat anticipés (Advance Market Commitments) « est le mécanisme le plus aligné avec les objectifs de l’UE : il agrège la demande, envoie des signaux de prix à terme, attire des capitaux privés et préserve la flexibilité. »
Enfin, pour accompagner la Commission européenne dans les prochaines étapes, le rapport formule des recommandations opérationnelles en vue de la mise en œuvre de ce mécanisme financier.