Les entreprises ont franchi une première étape avec l’intelligence artificielle : elles testent, apprennent et multiplient les cas d’usage. Pourtant, une grande partie du potentiel reste encore inexploité. Notre étude State of AI in the Enterprise identifie les principaux leviers pour passer à l’échelle : aligner stratégie, données, technologie, talents et gouvernance afin de transformer ces essais en impact durable.
L’accès des collaborateurs à l’intelligence artificielle a augmenté de 50 % en 2025, et les attentes en matière de passage à l’échelle sont élevées : le nombre d’entreprises ayant ≥ 40 % de leurs projets en production devrait doubler dans les six prochains mois.
L’IA tient ses promesses en matière d’efficacité et de productivité, et deux fois plus de dirigeants que l’an dernier déclarent constater un impact transformationnel. Pourtant, seuls 34 % réinventent réellement leur modèle économique.
Le déficit de compétences en IA est perçu comme le principal obstacle à l’intégration. L’éducation — plutôt que la refonte des rôles ou des workflows — est le levier n°1 utilisé par les entreprises pour adapter leurs stratégies de gestion des talents face à l’IA.
On parle d’IA souveraine lorsqu’un pays — et les entreprises qui y opèrent — déploient l’IA selon leurs propres lois, infrastructures et données. Il ne s’agit pas seulement de propriété, mais d’indépendance stratégique.
L’usage de l’IA agentique devrait fortement augmenter au cours des deux prochaines années, mais les mécanismes de supervision ne suivent pas : seule une entreprise sur cinq dispose d’un modèle mature de gouvernance des agents IA autonomes.
Une progression de 22 points en deux ans. Plus de la moitié des entreprises (58 %) déclarent utiliser aujourd’hui l’IA physique, au moins de manière limitée. Ce chiffre devrait atteindre 80 % d’ici deux ans, avec l’Asie-Pacifique en tête des premières mises en œuvre.
Par rapport à l’an dernier, davantage d’entreprises (42 %) estiment que leur stratégie est très bien préparée à l’adoption de l’IA. En revanche, elles se sentent moins prêtes en matière d’infrastructure, de données, de gestion des risques et de talents.
À mesure qu’elles abordent la phase de passage à l’échelle, les directions s’interrogent sur le retour sur investissement (ROI), les pratiques éthiques, la formation des effectifs et les actions stratégiques de mise sur le marché.
La transformation digitale portée par l’IA peut générer de nombreux bénéfices, allant de la réduction des coûts à l’amélioration de la prestation de services. À ce stade, les gains de productivité et d’efficacité arrivent en tête : deux tiers des organisations (66 %) déclarent avoir obtenu des résultats dans ces domaines.
Les autres bénéfices constatés sont :
La croissance des revenus reste largement une ambition : 74 % des organisations espèrent augmenter leur chiffre d’affaires grâce à l’IA, contre seulement 20 % qui y parviennent déjà aujourd’hui.
Ces chiffres suggèrent que l’IA est sur le point de changer d’échelle et de générer des bénéfices bien au-delà des seuls gains d’efficacité et de productivité. In fine, le succès de l’IA ne se résume pas à améliorer l’efficience ou même à accroître les revenus, mais à créer une différenciation stratégique et un avantage concurrentiel durable.
34 % des organisations interrogées commencent à utiliser l’IA pour transformer en profondeur leurs activités, en créant de nouveaux produits et services ou en réinventant leurs processus clés ou modèles économiques. Un autre tiers (30 %) redessine ses processus clés autour de l’IA. Le dernier tiers (37 %) utilise l’IA de manière plus superficielle, avec peu ou pas de modification des processus existants.
Si tous captent des gains de productivité et d’efficacité, seul le premier groupe réinvente réellement son activité plutôt que d’optimiser l’existant.
Par ailleurs, les attentes d’impact varient selon les types de technologies d’IA :
À mesure que l’IA passe de l’expérimentation au déploiement, la gouvernance devient le facteur clé entre la réussite du passage à l’échelle et l’enlisement. Les entreprises où la direction générale façonne activement la gouvernance de l’IA créent significativement plus de valeur que celles qui délèguent cette responsabilité aux seules équipes techniques.
Une gouvernance efficace fait de la supervision une responsabilité collective, intégrée aux dispositifs d’évaluation de la performance, afin que lorsque l’IA prend en charge davantage de tâches, les collaborateurs assurent une supervision active.
Les systèmes autonomes renforcent également les exigences en matière de gouvernance des données et de cybersécurité. Les organisations doivent définir à :
Sur le plan réglementaire, une gouvernance efficace s’intègre aux structures existantes de gestion des risques et de contrôle, plutôt que de créer des fonctions parallèles « fantômes ». Elle se concentre sur l’identification des cas d’usage à haut risque, l’application de principes de conception responsable et la validation indépendante lorsque c’est nécessaire. Les organisations les plus avancées anticipent l’évolution des exigences légales et conçoivent des systèmes capables de démontrer leur sécurité, leur équité et leur conformité.
Concernant les données, les architectures et infrastructures héritées ne sont pas adaptées à une IA autonome en temps réel. À mesure que l’IA dépasse le logiciel pour s’étendre aux équipements, machines et environnements edge, les entreprises doivent évaluer la capacité de leurs fondations technologiques à soutenir des déploiements d’IA physique. La modernisation doit permettre la création d’une « colonne vertébrale IA » : un système temps réel, à l’échelle de l’entreprise, capable de s’adapter dynamiquement aux évolutions business et réglementaires.
Selon les dirigeants interrogés, l’insuffisance des compétences des collaborateurs constitue le principal frein à l’intégration de l’IA dans les workflows existants. Voici les principales actions mises en œuvre pour adapter la stratégie talents :
Former l’ensemble des collaborateurs afin d’élever le niveau global de maîtrise de l’IA (53 %)
Concevoir et déployer des stratégies d’upskilling et de reskilling (48 %)
Évaluer les besoins cibles en recrutement et attirer des talents spécialisés en IA (36 %)
Repenser les parcours professionnels et la mobilité de carrière (33 %)
Anticiper l’évolution de l’offre et de la demande de compétences (30 %)
Mettre en place des incitations à la performance liées à l’usage de l’IA (30 %)
Fusionner ou réimaginer des entités organisationnelles en fonction des nouveaux usages de l’IA (30 %)
Mesurer la confiance et l’engagement des collaborateurs (30 %)
Ajuster l’équilibre entre salariés, contractuels et travailleurs indépendants (19 %)
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Si la majorité des organisations se concentre sur la formation, peu d’entre elles reconfigurent en profondeur les rôles, les workflows et les parcours de carrière. Les organisations les plus performantes réinventent les métiers afin de combiner de manière fluide les forces humaines et les capacités de l’IA, en exploitant pleinement les deux dimensions.
L’émergence de nouveaux rôles (responsables des opérations IA, spécialistes de l’interaction humain-IA, garants de la qualité, etc.) témoigne d’une évolution plus profonde : l’IA devient un composant structurel de l’organisation du travail.
Les organisations avancées automatisent de bout en bout les workflows que l’IA peut exécuter, tandis que les humains se concentrent sur le jugement, la gestion des exceptions et la supervision stratégique. L’objectif n’est ni de remplacer les humains ni de simplement les assister, mais de créer des partenariats complémentaires humain-IA, où la performance combinée dépasse ce que chacun pourrait accomplir seul.
Les structures organisationnelles commencent à s’aplatir à mesure que l’IA absorbe les tâches d’exécution routinières. Certaines entreprises rapprochent les fonctions technologiques et RH afin de faire évoluer conjointement les systèmes et l’organisation du travail.
Le rythme de la conduite du changement lié à l’IA varie selon les secteurs, mais la trajectoire est claire : les rôles, les compétences et les parcours professionnels doivent être reconstruits, et non simplement ajustés. Les organisations doivent repenser le travail de manière holistique, plutôt que de superposer l’IA à des processus hérités.