Les acteurs de la finance durable (banques, assureurs, assets managers et autres investisseurs institutionnels) subissent une pression considérable pour intégrer des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) dans l’exercice de leur métier. La première difficulté avant l’adaptation de leur processus (comme la décision d’investissements, le contrôle des lignes du portefeuille ou le reporting) est de collecter et rassembler les informations ESG quantitatives et qualitatives pertinentes.
Dans ce contexte, ces acteurs peuvent souhaiter avoir recours à des fournisseurs externes de données ESG. La multiplicité des services et des fournisseurs, la forte dynamique de concentration et l’absence d’une taxonomie générale créent une confusion ou à tout le moins rendent difficile une compréhension des services offerts et donc leur utilisation efficace par les acteurs de la finance durable.
Cet article présente une synthèse de nos travaux d’analyse sur une sélection d’une dizaine fournisseurs : MSCI, Moody’s, Vigeo Eiris, FTSE Russel, Beyond Ratings, S&P Global, Sustainalytics, Refinitiv, Bloomberg et ISS. Cette analyse a été menée en 2020 sur base d’informations publiques.
On trouve des agences de notations de crédit (Moody’s, S&P, Fitch), des agences de notations extra-financières (Vigeo Eiris filiale de Moodys), des fournisseurs d’indices (Bloomberg, Thomson Reuters, MSCI) aussi bien que des acteurs spécialisés autour du risque climatique (Carbon Delta filiale de MSCI). Cependant, avec les nombreux rapprochements opérés (voir graphe le ci-dessous) et qui se poursuivent (exemple en 2020, RobecSAM par S&P et Sustainalytics par Morningstar), les acteurs tendent à proposer une offre toujours plus étendue et il est de plus en plus difficile de distinguer les offres et propositions de services.
Rating ESG : largement présent chez les fournisseurs
Le rating ou score ESG vise à apprécier dans quelle mesure une entreprise est exposée aux risques environnementaux (E), sociaux (S) et de gouvernance (G), ainsi que son aptitude à faire face à ces risques ou à l’inverse, profiter des opportunités qui peuvent se présenter dans le cadre de la transition vers une économie durable. Cette analyse est qualifiée de « performance ESG ».
Le score ESG est construit à partir d’un ensemble de données élémentaires (datapoints) relatives aux axes E, S et G, et auxquelles sont affectées des valeurs. Ces valeurs sont agrégées par classes homogènes, ce qui permet d’établir un sous score pour chacune des composantes E, S et G. Un score global (score ESG) agrège ensuite ces trois sous scores.
De tels ratings sont proposés par tous les acteurs de notre échantillon, grâce notamment aux récents rachats par ces acteurs d’agences de notation extra financière. Toutefois, les datapoints, les méthodologies (incluant les pondérations des datapoints) et le périmètre (entreprises sur lesquelles le score est calculé) varient considérablement d’un acteur à l’autre.
A noter que les scores ESG portent sur les entreprises mais aussi sur les pays chez quelques fournisseurs (par exemple, ISS, Beyond Ratings).
Données ESG : une offre limitée induisant un manque de transparence
Les données à la base du calcul du score ESG ne sont pas toujours disponibles, en fonction des fournisseurs. Cette offre n’est en effet généralement pas explicite sur la base de l’information publique disponible. Parmi les acteurs fournissant ces datapoints, on peut citer Refinitiv (environ 400 datapoints par entreprise) ou Sustainalytics. A contrario, il semble que certains acteurs ne communiquent pas leurs données sources, mais uniquement les scores ou sous scores ESG.
Heatmaps : une alternative intéressante au rating
Moody’s produit deux heatmaps : une pour l’Environnement et une pour le Social. Ces cartes sont présentées par secteur (environ 80 secteurs). Le principe est d’associer un degré de risque sur une échelle de 1 à 4 pour chacune des catégories de risque définie par Moody’s (exemples de catégorie pour l’environnement : pollution de l’air, pollution de l’eau et du sol, réglementation carbone, pénurie d’eau et désastres d’origine humaine, etc. ; pour le Social : capital humain, santé, tendance sociétale et démographique, etc.).
Les indices font l’objet d’une offre parfois très étendue, puisque certains acteurs en proposent plusieurs centaines (par exemple MSCI). A l’inverse, d’autres acteurs ne sont que très peu présents.
Les objectifs de ces indices sont extrêmement divers. Certains cherchent à répliquer, du point de vue de sa performance, un indice de référence (par exemple le S&P 500) mais en ne gardant que les entreprises présentant de bons scores ESG. C’est l’approche dite « Best in Class », qui suppose donc que le fournisseur d’indice dispose également d’une méthodologie de scoring, ou travaille en partenariat avec d’autres acteurs (par exemple Bloomberg avec ISS). D’autres indices privilégient une approche d’exclusion de certaines valeurs ne présentant pas les critères ESG requis par les investisseurs (par exemple : famille d’indices MSCI « Values and screened »).
Le screening et les controverses consistent à détecter des entreprises liées à des activités spécifiques ou se livrant à certaines pratiques, non souhaitables. Cette identification est, par exemple, réalisée par une analyse en temps quasi continu de 700 000 dépêches (Sustainalytics). Les domaines visés par le screening recouvrent la violation de standards et normes internationales, les controverses ou l’implication des entreprises dans la production d’armes, d’alcool, etc.
Le screening est particulièrement mis en avant par Sustainalytics et ISS.
Ces services visent à apprécier le degré de conformité ou d’alignement des entreprises avec des référentiels internationaux (principalement SDG, UNGC et TCFD voir ci-dessous pour leur signification). Ils sont proposés par Vigeo Eiris (pour les 3 référentiels), ISS (SDG), S&P (SDG) ou Refinitiv (SDG).
Ensemble de 17 objectifs établis par les Nations Unies à horizon 2030. Exemple : lutte contre la pauvreté, consommation et production responsables, justice et paix.
10 principes sur les valeurs des Nations Unies que les entreprises sont invitées à adopter. Le Global Compact encourage notamment les initiatives de promotion des objectifs de développement durables (SDG ci-contre).
Ce groupe de travail, nommé par le FSB (Financial Security Board) en 2015, a émis des recommandations sur les reportings à produire en matière de climat.
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La plupart des fournisseurs proposent des services dédiés à la problématique carbone. Par exemple, ISS, Sustainalytics et Refinitiv ont, indépendamment, mis au point une métrique, appelée Carbon Risk Rating par les 3 fournisseurs bien que différentes, qui mesure l’exposition au risque carbone dans le cadre de la transition. Refinitiv a élaboré un modèle (Carbon Data & Estimate Models) afin d’estimer les émissions Carbone d’une entreprise lorsque l’information n’est pas disponible.
On trouve enfin un grand nombre de métriques que l’on peut aussi relier au risque carbone mais avec des objectifs différents. Citons :
De l’analyse ESG d’une entreprise ou d’un pays aux métriques couvrant tout un univers de risques, la multiplicité des offres permet a priori à un investisseur de trouver des réponses à ses problématiques, si diverses soient-elles. Cette diversité résulte en partie d’objectifs différents susceptibles d’être poursuivis par l’investisseur. Pour autant, les offres sont difficilement comparables, sans une analyse rigoureuse et dans le détail des méthodes et des métriques. Cette analyse devrait selon nous intégrer :