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Tenir la promesse de l’IA dans le secteur public

Vers une transformation à grande échelle

Les dirigeants politiques du monde entier perçoivent l’intelligence artificielle (IA) comme un levier majeur de modernisation des services publics. Déployer son potentiel à grande échelle nécessite la création de stratégies adaptées et une formation efficace des agents publics, ce qui permet de maximiser les retombées positives pour la collectivité.

En résumé

  • L’IA est un levier clé de modernisation des services publics, mais son déploiement doit être spécifiquement adapté aux contraintes du secteur public.
  • Trois freins majeurs persistent : le manque d’expertise technique, la difficulté à mesurer l’impact des investissements et l’accès limité à l’IA générative.
  • Le passage à l’échelle améliore l’efficacité et la qualité des services, mais accroît aussi les risques, ce qui impose une gouvernance et un contrôle renforcés.
  • La formation et l’acculturation des agents publics, adaptées à leurs rôles, conditionnent une adoption efficace et durable.
  • La réussite repose sur une mesure rigoureuse des résultats, la diffusion des bonnes pratiques et le développement de partenariats stratégiques.

Le déploiement à grande échelle de l’IA dans le secteur public implique de relever des défis spécifiques qui diffèrent de ceux du secteur privé. Il ne s’agit pas de reproduire à l’identique le modèle des entreprises privées, mais d’en faire une adaptation pertinente au secteur public. Les dirigeants font alors face à trois principaux défis dans le déploiement de l’IA :

Le manque d’expertise technique, compliquant la prise de décision sur des sujets technologiques (choix des modèles, maîtrise des coûts, sécurité des données...)

La difficulté à mesurer l’impact des investissements en IA

L’accès encore limité aux outils d’IA générative (GenAI) dans l’administration

Dans de nombreuses administrations, des agents ou services adoptent déjà, de façon informelle, des outils d’IA, un phénomène aussi appelé « shadow IA ». Plutôt que d’expérimenter chacun de son côté, nous pensons qu’il faut accueillir ce mouvement : l’adoption naît d’un besoin métier et facilite l’acculturation. Canaliser l’énergie de ces initiatives dispersées au travers d’une gouvernance légère permettrait de tirer parti des usages tout en sécurisant le cadre. L’accompagnement doit cependant rester pragmatique : il s’agit d’identifier les usages informels existants, puis de les intégrer progressivement à des versions plus institutionnelles. Le véritable enjeu de cette transformation réside dans la capacité à calibrer l’IA pour des usages pertinents, en s’appuyant sur une analyse d’impact rigoureuse. Chez Deloitte, notre devoir de conseil est de rappeler ce positionnement : l’IA est une boîte à outils puissante à manier avec discernement.

Innover à grande échelle : entre ambitions et paradoxes 

L’IA marque le début d’une nouvelle ère pour les services publics avec la possibilité de repenser et d’enrichir leurs missions. L’exemple de la ville de Buenos Aires en témoigne : grâce à l’introduction de chatbots, de nombreuses démarches administratives ont été simplifiées pour les résidents. Entre 2019 et 2022, plus de 58 millions d’interactions ont été enregistrées, facilitant l’accès aux services sociaux, les demandes de permis de construire ou encore la gestion de la maintenance des infrastructures. Ce déploiement de grande envergure a significativement amélioré le quotidien des citoyens.

Innover à grande échelle ne signifie pas seulement accroître le volume des actions, mais aussi en améliorer la qualité. Aux États-Unis, par exemple, l’utilisation d’outils d’intelligence artificielle a permis de détecter des fraudes potentielles dans les paiements gouvernementaux, ce qui a permis de récupérer 4 milliards de dollars. Cette réussite s’explique en grande partie par la capacité à intégrer des données issues de différentes agences, facilitant ainsi les vérifications et générant d’importantes économies à l’échelle fédérale.

Cependant, ce passage à l’échelle de l’IA dans les services publics soulève un véritable paradoxe : si cette adoption généralisée est indispensable pour en maximiser l’impact, elle s’accompagne également de nouveaux risques qu’il faut savoir anticiper et gérer. L’usage accru de l’IA expose les organisations publiques à des défis supplémentaires, comme le risque de générer des informations erronées, ou de prendre des décisions fondées sur des recommandations inexactes. Il s’agit donc de trouver le juste équilibre entre l’ouverture à l’innovation et la maîtrise rigoureuse des risques liés à l’IA.

Pour réussir cette transformation, l’acculturation et la formation des agents publics sont également essentielles. Ces derniers doivent non seulement comprendre le fonctionnement et les limites des outils d’IA, mais aussi savoir les utiliser efficacement dans le cadre de leurs missions. Cela implique de les former selon leur niveau et leur rôle.

Ainsi, pour exploiter pleinement parti du potentiel de l’IA tout en maintenant la confiance des usagers, il est essentiel que les organisations publiques progressent de manière responsable. Cela suppose d’évaluer régulièrement les impacts de ces technologies et d’ajuster leurs pratiques à mesure que l’IA se déploie.

L’IA est un outil chargé d’attentes, mais elle ne constitue pas une solution magique. Nous constatons chez nos clients un besoin croissant d’automatisation raisonnée. Nous sommes convaincus que le secteur public doit faire preuve d’exemplarité : il lui appartient d’adopter l’IA sans renier les grands principes de transparence, d’équité et de sobriété énergétique. La mission des directions des systèmes d’information (DSI) et des maîtrises d’ouvrage doit évoluer afin d’intégrer les nouveaux usages de l’IA tout en garantissant la conformité à l’AI Act et à la doctrine de l’État. La transformation publique devra s’appuyer sur des démarches graduelles et coconstruites, mêlant innovation et régulation. Ainsi, l’IA bien utilisée pourra devenir un levier de simplification, de lisibilité et de performance au service des citoyens.

Un accès contrôlé à l’IA

Pour permettre un déploiement à grande échelle, l’utilisation de l’IA doit être adaptée aux missions de chaque agent public. Certains seront amenés à développer des outils, d’autres à sélectionner les solutions les plus appropriées, tandis que la majorité devra apprendre à les utiliser efficacement au quotidien. Adapter le niveau de la maîtrise de l’IA à chaque profil permet de mieux gérer les attentes et de favoriser une adoption réussie. À l’inverse, des usages inadaptés ou des attentes irréalistes peuvent freiner l’expérimentation. Il est donc essentiel de définir des niveaux de compétences adaptés à chaque rôle.

Par exemple, Singapour a misé sur la montée en compétences pour accompagner le déploiement de l’IA. Grâce à l’initiative « AI Trailblazers », le pays a développé 100 applications d’IA générative en seulement 100 jours, en s’appuyant sur la formation et l’engagement des agents publics et des entreprises. Cette expérience montre que plus l’IA est maîtrisée par un grand nombre de personnes, plus son adoption et son déploiement sont facilités.

Mesurer les résultats de l’IA 

Même lorsque l’IA est utilisée à bon escient, son déploiement reste coûteux et complexe. Pour justifier les financements nécessaires dans un contexte de contraintes budgétaires, il est indispensable de procéder à une évaluation rigoureuse du rapport coût-bénéfice.

Si les premiers avantages se traduisent souvent par des gains de temps et d’efficacité, il devient essentiel, à mesure que les usages se développent, de définir des indicateurs précis pour mesurer l’impact réel sur la mission des services publics.

Par exemple, lorsque l’IA automatise certaines tâches, elle crée de la valeur en rendant l’organisation plus efficace, ce qui peut être mesuré par le gain de temps et d’argent. Mais lorsque l’IA intervient sur des processus plus larges, il convient de mesurer l’amélioration de la performance globale. Dans le secteur public, cela se traduit par des indicateurs tels que la baisse de la criminalité, l’optimisation des prestations ou encore une meilleure qualité de vie pour les citoyens. En somme, plus limpact de l’IA est important, plus le suivi doit être rigoureux, qu’il concerne des processus internes ou des missions relevant du service public.

Les outils et stratégies pour une adoption réussie de l’IA  

  • Les plateformes et les places de marché
    Pour favoriser les meilleures pratiques au sein des organisations, donner un large accès aux outils d’IA au travers de plateformes internes et diffuser les solutions les plus efficaces à l’ensemble des collaborateurs constituent une stratégie clé pour assurer un déploiement à grande échelle.
  • Développer l’expertise pour faire des choix éclairés
    Faciliter l’accès à des certifications académique et gouvernementales existantes pourrait aider à développer rapidement les compétences nécessaires en IA. Il n’est donc pas indispensable de mobiliser fortement les équipes de formation interne : il s’agit plutôt d’offrir aux collaborateurs les moyens de choisir la formation la plus adaptée à leurs besoins et d’acquérir ainsi une expertise pertinente.
  • Obtenir des partenariats stratégiques
    S’appuyer sur l’expertise de partenaires techniques permet de poser des bases solides pour l’adoption de l’IA, de limiter les risques de dépendance à un fournisseur unique et de développer des solutions répondant aux exigences de sécurité et de confidentialité du secteur public.

Les dirigeants publics gagnent à s’appuyer sur l’expérience et les bonnes pratiques de leurs pairs pour faire face aux défis propres au secteur public pour surmonter les contraintes budgétaires et institutionnelles.

L’émergence de l’IA bouleverse les méthodes de conduite de mission dans le secteur public français. Chaque mission impliquant l’IA doit faire l’objet d’une expérimentation collaborative avec le client, dans le but de partager nos méthodes, rendre visible notre apprentissage et de construire un savoir commun. Il est également pertinent de nouer des partenariats cohérents et pour répondre aux besoins de nos clients, à l’image de la collaboration déjà engagée avec Mistral au service d’une mission pour France Travail. Dans un contexte de digitalisation et d’automatisation croissantes, nous nous attachons à faire preuve d’exemplarité en cultivant la posture du médiateur-explorateur, prêt à redessiner les rapports et jouer notre rôle de conseil.

Le développement de l’IA dans le secteur public repose sur la diffusion des meilleures pratiques, la montée en compétence des équipes et la création de partenariats stratégiques.

Pour approfondir ces axes, découvrir des exemples concrets, et explorer en détail le potentiel de l’intelligence artificielle dans le secteur public, consultez notre article complet (English version).

L’IA, surtout à grande échelle, se révèle extrêmement gourmande en énergie, mobilisant d’importantes infrastructures dont l’empreinte écologique ne cesse de croître et devient très préoccupante selon the Shift Project.
Si nous voulons faire mieux avec moins, il est essentiel d’appliquer les principes de sobriété à la racine de nos projets. Intégrer des mécanismes de régulation interne tels que des quotas énergétiques ou des évaluations de l’empreinte des missions d’IA publiques une stratégie énergétique et écologique plus large. Ainsi, Deloitte souhaite mesurer, auditer et rendre visible l’empreinte environnementale des usages IA pour nos clients dans le but de répondre aux enjeux de transparence et de confiance.

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Questions fréquentes

Le secteur public fait face à des contraintes spécifiques comme la protection des données, la transparence des décisions et la continuité du service. Ces exigences s’ajoutent à des systèmes informatiques souvent complexes et hétérogènes. Elles imposent d’adapter les méthodes de déploiement de l’IA plutôt que de reproduire les modèles du secteur privé.

Avant un déploiement large, il est utile de simuler différents scénarios : surcharges pour certains services, effets sur des publics vulnérables, ou transfert de tâches vers les agents. Des tests en conditions réelles, sur un périmètre réduit, permettent de repérer ces effets inattendus et d’ajuster les règles ou les processus avant la généralisation.

Une charte d’usage peut préciser ce qui est autorisé, déconseillé ou interdit, avec des exemples concrets : types de données à ne jamais saisir, décisions qui doivent rester humaines, ou cas où un avis expert est obligatoire. En complétant cette charte par des formations courtes, les agents savent mieux où se situent les limites dans leur pratique quotidienne.

Les administrations peuvent investir dans des compétences internes en data, architecture et sécurité, et documenter leurs choix techniques. Elles gagnent ainsi en capacité de comparaison entre offres, de négociation contractuelle et de contrôle des solutions. Cette autonomie permet de changer plus facilement d’outil si les besoins ou le contexte évoluent.

Les cahiers des charges peuvent inclure des critères liés à la consommation énergétique estimée, à l’empreinte carbone des infrastructures et aux possibilités d’optimisation. Les fournisseurs sont alors incités à décrire précisément leurs choix techniques et à proposer des options plus sobres, ce qui permet d’arbitrer aussi sur cette base, pas seulement sur le coût ou la performance.

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