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Faire plus avec moins grâce à des fondations communes

Les composantes technologiques communes permettent aux administrations publiques de passer de systèmes fragmentés à des solutions normalisées grâce à une infrastructure partagée et réutilisable qui améliore les résultats tout en réduisant les coûts.

Points essentiels

  • Les dirigeants du gouvernement du Canada peinent à offrir des services numériques modernes à grande échelle dans un contexte de contraintes budgétaires croissantes.
  • Les composantes technologiques communes constituent une approche permettant de réduire les coûts en remplaçant les services numériques cloisonnés par une infrastructure partagée, conçue comme un ensemble de composantes réutilisables à l’échelle du système.  

Discutez avec nos dirigeants

Chaque jour, les dirigeants gouvernementaux doivent composer avec des budgets limités et une pression croissante pour offrir des services numériques qui améliorent la productivité tout en répondant aux attentes des citoyens. L’essor de l’intelligence artificielle et l’émergence de nouveaux modèles de prestation des services gouvernementaux accentuent encore davantage cette pression, tout en augmentant le coût de l’inaction.

Les composantes technologiques communes, les capacités interopérables et les modèles de conception reproductibles offrent une solution concrète. Ils permettent aux administrations publiques de mettre en place une infrastructure nationale à l’échelle du système. Résultat : une réduction des coûts et une meilleure interopérabilité, même lorsque les administrations adoptent des technologies différentes. Les composantes essentielles demeurent compatibles et fonctionnent harmonieusement ensemble.

Faire plus avec moins peut commencer dès aujourd’hui. En réalité, c’est déjà commencé.

La réalité des infrastructures publiques numériques

La conception commune des technologies, les composantes technologiques partagées et les modèles de prestation reproductibles sont autant d’exemples d’infrastructures publiques numériques (IPN), soit des fondations numériques communes qui soutiennent les paiements numériques, l’identité numérique, l’échange de données et d’autres capacités essentielles.

Des avantages bien réels

Des études de cas menées partout dans le monde démontrent que les composantes technologiques communes peuvent être mises en œuvre avec succès dans des environnements fédérés dans le cadre d’une infrastructure publique numérique.  

La plateforme Aadhaar de l’Inde est devenue le pilier de l’écosystème des paiements numériques et de l’inclusion financière du pays. Grâce à l’architecture JAM (Jan Dhan–Aadhaar–Mobile), elle a contribué à l’ouverture de plus de 523 millions de comptes bancaires et au jumelage de plus de 788 millions d’identifiants Aadhaar à des comptes bancaires1.

En reliant les citoyens à leurs comptes bancaires et en facilitant l’accès à des services de paiement compatibles avec Aadhaar, la plateforme a facilité la distribution sécurisée des prestations gouvernementales et élargi l’accès aux services financiers officiels à grande échelle. Elle a également permis d’éliminer environ 100 millions de dossiers de bénéficiaires en double et de réduire les coûts administratifs2.  

Le programme Conecta gov.br du Brésil permet aux citoyens de fournir leurs renseignements une seule fois.

À ce jour, le programme a déjà permis de réaliser des économies estimées à 3,1 milliards de dollars américains, rendu possibles 2,67 milliards d’échanges de données automatisés3, réduit le traitement manuel ainsi que les délais de prestation des services gouvernementaux, et contribué à hauteur de 37,9 G$ US au PIB du Brésil grâce à Pix, le système de paiements instantanés du pays4.  

L’infrastructure d’identité numérique du Danemark, MitID, permet aux citoyens d’accéder de façon sécuritaire à des services publics et privés en ligne. MitID soutient l’une des sociétés les plus avancées d’Europe sur le plan numérique : 97,2 %5 des résidents âgés de plus de 15 ans détiennent un compte actif. Cette infrastructure contribue également à des gains de productivité estimés entre 1,6 M$ US et 2,6 M$ US6. À elles seules, la réduction du temps consacré à l’authentification et aux tâches administratives permet aux entreprises danoises d’économiser environ 76,4 M$ US par année7.

Ces études de cas montrent que le modèle fédéré du Canada n’est pas nécessairement un obstacle structurel. Elles suggèrent plutôt que le véritable enjeu réside dans le modèle opérationnel et la capacité d’exécution. Le succès ne repose pas sur la centralisation de la prestation des services, mais sur la normalisation de composantes communes permettant aux administrations de préserver leur autonomie tout en profitant de capacités partagées et d’une meilleure interopérabilité. Dans ce contexte, l’infrastructure publique numérique (IPN) représente une troisième voie entre le logiciel-service (SaaS) et le développement de logiciels sur mesure.

Le Canada a posé les bases, mais l’écosystème demeure fragmenté

L’élan est bien réel, et récent. En juin 2026, le gouvernement du Canada a adhéré à la Digital Public Goods Alliance, une initiative multipartite appuyée par les Nations Unies qui facilite le repérage et le déploiement de biens publics numériques (BPN)8. Jusqu’à présent, les efforts du Canada en matière d’infrastructure publique numérique (IPN) ont permis d’établir des fondations solides, comme en témoignent plusieurs initiatives représentatives dans les domaines de l’identité numérique, des paiements et de l’échange de données.  

Les services Identité+ de Postes Canada et Interac VérifiéMC sont deux solutions d’identité numérique conçues pour confirmer en temps réel l’identité des utilisateurs à distance au moyen d’un justificatif conservé dans un portefeuille numérique. Ces solutions permettent aux entreprises et aux organismes gouvernementaux de vérifier l’identité de façon plus sécuritaire et efficace, démontrant ainsi comment une infrastructure d’identité réutilisable peut favoriser un accès fiable aux services dans l’ensemble des secteurs. Toutefois, leur adoption demeure limitée.

Le système de paiement en temps réel du Canada (PTR) constitue un élément fondamental de l’infrastructure publique numérique émergente du pays. Cette plateforme nationale, accessible en tout temps, permet le transfert instantané et sécuritaire de fonds, accompagné de données enrichies. Grâce au PTR, le Canada cherche à accroître la productivité économique, à stimuler l’innovation, à renforcer la concurrence et à favoriser le développement de nouveaux services numériques reposant sur des transactions financières fiables effectuées en temps réel.

Même si les administrations publiques canadiennes ne participent pas aux premières phases de mise en œuvre, les résultats observés dans des pays comme l’Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni démontrent le potentiel des paiements en temps réel pour moderniser les versements gouvernementaux, les paiements d’urgence et d’autres services aux citoyens grâce à la collaboration des institutions financières et des fournisseurs de services de paiement.  

L’Alberta a mis en place l’un des écosystèmes de partage de données les plus avancés au Canada grâce à ses initiatives de gouvernement ouvert et de plateforme de gestion des données. La province offre un accès public à plus de 3 000 ensembles de données par l’intermédiaire d’une plateforme centralisée conçue pour améliorer l’accessibilité, la réutilisation et le partage des données entre les secteurs. Cet exemple montre comment une infrastructure de données commune peut favoriser l’innovation et soutenir une prise de décisions fondée sur des données probantes.

Toutefois, ces initiatives progressent souvent de façon isolée, au sein de secteurs et d’administrations distincts, ce qui limite leur portée auprès de la population canadienne. Le Canada accuse encore un retard par rapport aux principaux pays du G7 et du G20 en matière de mise en œuvre et d’intégration de l’infrastructure publique numérique (IPN). Parmi les 44 pays évalués dans le rapport OECD Digital Government Outlook 2026, le Canada se classe au 23e rang pour la « proactivité », au 30e rang pour le « secteur public axé sur les données » et au 36e rang pour l’approche « gouvernement comme plateforme »9.

Les exigences en matière de protection de la vie privée, l’autonomie des administrations, la complexité des mécanismes de gouvernance, les modèles d’approvisionnement, les mécanismes de financement et l’absence de normes uniformes peuvent tous rendre le partage plus difficile que le développement de solutions indépendantes. Lever ces obstacles est une condition essentielle pour déployer des composantes communes à l’échelle nationale.

Le moment d’agir est maintenant

Le Canada dispose des fondations nécessaires pour bâtir un écosystème d’infrastructure publique numérique (IPN) plus cohérent. Une infrastructure nationale se construit une composante réutilisable à la fois.

Pour passer d’initiatives ponctuelles à une infrastructure nationale intégrée, nous recommandons les mesures suivantes :

  • Agir dès maintenant. Réutiliser les solutions qui existent déjà, comme la Services Card and Wallet de la Colombie-Britannique, ou concevoir les prochaines capacités comme des composantes communes dès le départ.
  • Poser les bonnes questions. Comment repérer les composantes technologiques communes? Comment les financer, les exploiter et en assurer la pérennité?
  • Harmoniser l’approvisionnement et accroître la visibilité des composantes communes. Envisager une coordination avec un organisme comme l’Institut des services axés sur les citoyens afin d’accroître la visibilité et l’adoption des composantes communes.

Aligner les mesures incitatives et la gouvernance. Établir dès le départ les paramètres de gouvernance, de protection de la vie privée et d’interopérabilité nécessaires à une mise en œuvre cohérente à grande échelle.

L’IA comme catalyseur

Le Canada vient d’adopter l’un des programmes numériques les plus ambitieux de son histoire. La Stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle du Canada : L’IA pour tous vise à porter à 60 % le taux d’adoption de l’IA par les entreprises d’ici 2034 et à générer une hausse de 3 % du PIB, principalement grâce aux gains de productivité. Toutefois, la concrétisation de ce potentiel repose sur deux éléments essentiels : des données fiables et la confiance du public.

Comme le démontre le succès de la plateforme Aadhaar en Inde, qui sert aujourd’hui de fondement à des services alimentés par l’IA à l’échelle de la population, l’identité numérique, les paiements en temps réel et l’échange sécurisé de données constituent les fondations qui permettent à l’IA de s’appuyer sur des données vérifiées. L’infrastructure publique numérique (IPN) que le Canada met en place aujourd’hui jouera un rôle déterminant dans le développement de l’IA au cours des vingt prochaines années.

Comment Deloitte peut vous aider?

Deloitte est bien placé pour accompagner les organisations tout au long de leur parcours en matière d’infrastructure publique numérique (IPN). Que vous en soyez aux premières étapes de réflexion ou que vous ayez déjà amorcé votre démarche, nous offrons un accompagnement allant de la stratégie et de l’élaboration des politiques aux projets pilotes, à la mise en œuvre à grande échelle et au déploiement national. À titre d’intégrateur de systèmes de confiance, nous concevons et mettons en œuvre des plateformes complexes à l’échelle de la population, dans des contextes administratifs et technologiques variés. Nous mettons également à profit une solide expérience en matière de gouvernance des écosystèmes, de modèles commerciaux durables et d’enseignements tirés de programmes d’infrastructure publique numérique éprouvés à l’échelle mondiale.

Nous aidons aussi nos clients à tirer parti de l’IA ainsi que d’approches modulaires et ouvertes pour favoriser l’émergence de nouveaux modèles de prestation de services. Nous les accompagnons également dans l’évaluation et la démonstration de la valeur économique des politiques et des programmes qu’ils soutiennent.  

  1. OpenGov Asia. « Aadhaar: A Global Benchmark in Digital Identity and Governance» (en anglais), 26 octobre 2024.
  2. NASSCOM et Arthur D. Little. « Digital Public Infrastructure of India: Accelerating India’s Digital Inclusion », février 2024.
  3. Gouvernement du Brésil, Governo Digital. « Conecta GOV.BR: National Data Infrastructure – Interoperability », 30 juin 2026.
  4. Observer Research Foundation. « Digital Public Infrastructure and the Future of Digital Payments: Lessons from Pix and UPI », 3 janvier 2026.
  5. MitID. « MitID Statistics », janvier 2026.
  6. Copenhagen Economics. « The Value & Benefits of Future-Proof Digital Infrastructure for Denmark », janvier 2025.
  7. Danish Business Authority. « MitID saves Danish firms half a billion annually. » The Copenhagen Post, 8 novembre 2024.
  8. Gouvernement du Canada. « Le gouvernement du Canada, par l’entremise du Service numérique canadien, se joint à la Digital Public Goods Alliance », 29 juin 2026.
  9. Gouvernement du Canada. « Les efforts numériques du Canada dans le contexte mondial », 29 mars 2022.  

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