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Impact de l’impôt minimum de l’OCDE sur la Suisse

Étude sur l’impact de l’impôt minimum de l’OCDE 2026

À propos de l’étude
L’« Étude sur l’impact de l’impôt minimum de l’OCDE 2026 » analyse l’impact financier de l’impôt minimum de l’OCDE sur les 50 plus grands groupes suisses cotés en bourse pour l’exercice 2025. La présente étude s’appuie sur une évaluation des rapports de gestion publiés, à la lumière des dispositions contraignantes relatives à l’impôt minimum de l’OCDE. En raison de doubles cotations, seuls 46 groupes ont été réellement analysés. Vous trouverez les données détaillées dans la présentation. En raison du manque de données publiques, la présente analyse n’a pas pu prendre en compte les groupes suisses privés et les filiales suisses de groupes étrangers.

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Contexte de l’impôt minimum de l’OCDE

Avec le projet d’impôt minimum, l’OCDE et le G20 prévoient de soumettre les groupes multinationaux générant un chiffre d’affaires annuel supérieur à 750 millions d’euros (au niveau du groupe) à un taux d’imposition minimum de 15% dans chacune des juridictions concernées. Si le taux d’imposition dans une juridiction est inférieur à 15%, l’écart avec ce pourcentage sera soumis à un impôt complémentaire (« Top-up Tax »). Chaque juridiction peut décider sur une base volontaire d’appliquer unilatéralement les règles de l’impôt minimum de l’OCDE. Une juridiction qui adopte ces règles doit toutefois se conformer pleinement au cadre fixé par l’OCDE. Cette conformité est soumise à un processus d’évaluation par les pairs.

La perception des impôts complémentaires s’effectue selon une démarche en trois étapes. Chaque pays est libre de compenser l’écart par rapport aux 15% en prélevant un impôt complémentaire minimum national. Si un pays renonce à prélever cet impôt, le pays dans lequel se trouve le siège de la direction du groupe (ou d’une société holding intermédiaire) peut taxer les bénéfices des filiales étrangères détenues directement ou indirectement par le biais d’un impôt complémentaire international, sur la base de la réglementation relative à l’impôt complémentaire « primaire » (règle d’inclusion des revenus ou « IIR », selon le terme utilisé par l’OCDE). Si le pays dans lequel la société mère ultime a son siège n’a pas adopté d’IIR, tous les autres pays dans lesquels le groupe possède des filiales peuvent taxer les bénéfices insuffisamment imposés par le biais de l’impôt complémentaire « secondaire » (règle relative aux bénéfices insuffisamment imposés ou « UTPR »).

En brandissant la menace de taxes de rétorsion (notamment des impôts à la source supplémentaires sur les paiements à des sociétés non-américaines), les États-Unis ont réussi à obtenir un traitement spécial pour les groupes américains (États-Unis), en vigueur depuis le 1er janvier 2026 (« système side-by-side »). Ce régime profite exclusivement aux groupes dont la société mère ultime est établie aux États-Unis. Si les différents payspeuvent continuer à prélever des impôts complémentaires nationaux, il leur est interdit de prélever des impôts complémentaires internationaux. Ce régime spécial est en principe également ouvert à d’autres pays – la Chine et l’Inde ont déjà manifesté leur intérêt et font l’objet d’un examen par l’OCDE.

L’impôt minimum de l’OCDE en Suisse

À l’occasion d’une votation populaire, près de 80% du corps électoral suisse, de même que les cantons dans leur intégralité, ont approuvé l’adoption de l’impôt minimum de l’OCDE en Suisse. Le Conseil fédéral a ensuite procédé à l’introduction de l’impôt minimum de l’OCDE en deux étapes : le 1er janvier 2024 (impôt complémentaire national) et le 1er janvier 2025 (impôt complémentaire international en vertu de l’IIR). Pour des raisons politiques et de sécurité juridique, le Conseil fédéral s’est pour l’heure abstenu d’introduire l’impôt complémentaire international au sens de l’UTPR. Le Conseil fédéral estime que l’impôt minimum de l’OCDE va affecter « quelques centaines » de groupes suisses (cotés en bourse ou non) et « quelques milliers » de groupes étrangers détenant des filiales en Suisse. Pour les premières années qui suivent l’introduction de cette mesure, le Conseil fédéral table dans un premier temps sur des recettes fiscales supplémentaires comprises entre 1,5 et 3,5 milliards de francs par an.

Principales conclusions pour l’année 2026

563,8 millions de francs

Selon les rapports de gestion disponibles, les impôts complémentaires payés par les plus grandes entreprises cotées en Suisse ont bondi de 243,2 millions de francs (2024) à 563,8 millions de francs (2025), soit une hausse notable de 132% par rapport à l’exercice 2024. Toutefois, il ne s’agit pas forcément uniquement de recettes supplémentaires pour la Suisse. La majorité des groupes ne divulgue pas si les impôts complémentaires sont dus en Suisse ou à l’étranger. Néanmoins, étant donné que d’autres pays ont introduit des impôts complémentaires nationaux en 2025, Deloitte estime que les groupes suisses risquent de payer davantage à l’étranger.

54% non impactés

L’impact sur les groupes est très inégalement réparti. Pour 54% des groupes analysés, l’impôt minimum de l’OCDE n’a aucun impact ou uniquement des effets négligeables (2024 : 65%, réduction de 11 points de pourcentage). Les 46% restants sont concernés à divers degrés, avec un impact allant de modéré à considérable. Parmi eux, les deux plus gros contributeurs garantissent à eux seuls les trois quarts du montant total.

90% issus de deux secteurs seulement

Les impôts complémentaires concernent un petit nombre de secteurs : les groupes pharmaceutiques et financiers représentent 90% du montant total de l’impôt complémentaire

> USD 500 000 par an

70% des groupes soumis à l’impôt tablent sur des coûts de mise en conformité annuels supérieurs à 0,5 million de dollars, et 25% d’entre eux s’attendent même à des chiffres supérieurs à 1 million de dollars. Les autorités fiscales suisses sont elles-mêmes confrontées à une hausse des coûts, comme il ressort des entretiens bilatéraux menés par Deloitte avec les administrations fiscales cantonales. Les coûts de mise en conformité sont disproportionnés par rapport aux recettes, selon l’analyse de l’étude de Deloitte. Les groupes et les autorités investissent des ressources considérables dans un système qui rapporte moins que prévu. Il s’agit là d’un problème structurel qui ne peut être ignoré.

L’étranger revoit ses recettes fiscales à la baisse

À ce jour, il est toujours impossible de savoir si les recettes fiscales supplémentaires annuelles estimées par le Conseil fédéral, comprises entre 1,5 et 3,5 milliards de francs, seront au rendez-vous. En raison du manque de données sur les filiales de groupes étrangers, une évaluation définitive n’est toujours pas possible à ce jour. Les groupes doivent déposer leur déclaration d’impôt pour 2024 avant le 30 juin 2026 au plus tard. Deloitte attend les premiers retours d’information des cantons d’ici l’automne. Toutefois, sur la base des données disponibles, Deloitte estime à ce jour que les recettes supplémentaires de la Suisse devraient être relativement maigres.

Le Conseil fédéral n’a pas encore ajusté ses prévisions. Il est toutefois intéressant de s’arrêter un instant sur les évolutions dans d’autres pays : ainsi, le Royaume-Uni a réduit ses prévisions de recettes fiscales de 2,8 milliards de livres sterling à 1,6 milliard (–43%). Les Pays-Bas ont également révisé leurs attentes à la baisse, de 466 millions d’euros à 346 millions (–25%). Cette tendance s’explique en grande partie par le traitement spécial applicable depuis le 1er janvier 2026 aux groupes américains (États-Unis), qui pénalise les groupes suisses.

Une approche fragmentée

L’impôt minimum de l’OCDE a poussé plusieurs cantons à augmenter les taux d’imposition et à lancer de nouveaux programmes de subventions en faveur de la recherche, du développement et de l’innovation.

Une quatrième réforme de l’imposition des entreprises s’impose

Même si les recettes devraient, selon toute vraisemblance, rester en deçà des attentes, l’impôt minimum de l’OCDE a peu de chance de disparaître. Il y a de grandes chances que l’UE et la plupart des autres pays participants y adhèrent sans réserve, ne serait-ce qu’en raison de leur niveau d’endettement. Toutefois, les voix critiques ne sont pas près de se taire, ici en Suisse – bien au contraire : les coûts de mise en conformité élevés, conjugués à la faiblesse des recettes et à l’inégalité de traitement par rapport aux groupes américains, sont un fardeau pour la place économique suisse. La Confédération et les cantons sont appelés à préserver l’attractivité économique du pays en prenant les mesures adéquates.

Aussi Deloitte juge-t-elle nécessaire une quatrième réforme de l’imposition des entreprises. La transformation prévue de l’ordonnance sur l’imposition minimale en une loi fédérale pourrait jeter les bases d’une quatrième réforme de l’imposition des entreprises. Deloitte estime qu’en l’absence de réforme, la Suisse va voir son attractivité reculer insidieusement – non pas en raison d’un exode massif hors de ses frontières, mais parce que la création d’emplois va se délocaliser de plus en plus à l’étranger, au même titre que les investissements.

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