Comment évolue le travail des membres de conseils d’administration
Stefan Räbsamen est membre des conseils d’administration des sociétés cotées en bourse Georg Fischer, SMG Swiss Marketplace Group, TAKKT et d’une structure internationale d’investissement multi-family office avec un établissement à New York. Entre 1994 et 2024, il a occupé différents postes chez PricewaterhouseCoopers AG, dont celui de président de PwC Suisse. Stefan Räbsamen est titulaire d’un master en gestion d’entreprise et en économie de l’Université de Berne ainsi que d’un certificat d’expert-comptable.
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swissVR Monitor : Depuis 2024, vous êtes membre de plusieurs conseils d’administration et président de plusieurs comités d’audit. Y’a-t-il un aspect du travail d’administrateur qui s’est révélé différent de ce que vous aviez initialement anticipé ?
Stefan Räbsamen : De manière générale, j’étais bien préparé à ces postes. D’une part parce qu’en tant qu’associé de longue date chez PwC, j’ai régulièrement participé à des réunions de comités d’audit ainsi qu’à des séances de conseil d’administration et, d’autre part, parce que j’ai pu bénéficier de programmes d’intégration solides dans les différentes entreprises.
Néanmoins, plus précisément, il existe des différences. Chaque entreprise possède sa propre singularité et doit relever des défis spécifiques. Il est important de pouvoir consacrer le temps nécessaire de manière efficace à l’analyse des sujets de manière responsable. À mon avis, c’est la condition préalable pour pouvoir dialoguer d’égal à égal avec l’équipe de direction et jouer pleinement son rôle de partenaire critique.
Et puis, il existe bien sûr des différences de modèles de gouvernance entre la Suisse (« modèle moniste ») et l’Allemagne (« modèle dualiste »). Ce dernier, davantage axé sur le travail de surveillance, m’était initialement moins familier.
swissVR Monitor : Le travail des administrateurs évolue au fil du temps. Notre enquête réalisée auprès des membres de conseils d’administration montre que la majorité d’entre eux ont consacré, au cours de l’année écoulée, davantage de temps à leur mandat qu’auparavant. Comment l’expliquez-vous ?
Stefan Räbsamen : Je ne peux que le confirmer. À mon avis, plusieurs facteurs entrent en jeu. La gestion des risques devient de plus en plus complexe et constitue le socle de la résilience d’une entreprise. Lorsqu’on interroge les membres des conseils d’administration sur les principaux risques, ils citent d’une part des thématiques « classiques » comme la planification de la succession et la gestion des talents, mais aussi des enjeux plus récents comme la cybersécurité et l’IA. De plus, les questions géopolitiques et réglementaires prennent une place de plus en plus importante, qu’il s’agisse par exemple des chaînes d’approvisionnement, des droits de douane, des autorités de surveillance des prix. Le conseil d’administration doit s’y consacrer, et cela prend du temps.
À cela s’ajoutent les sujets plus récents au thème de la durabilité. Même si le reporting non financier est généralement rattaché au comité d’audit, la stratégie en matière de durabilité relève, selon moi, de la responsabilité de l’ensemble du conseil d’administration.
Enfin, il faut tenir compte des questions de transformation propres à chaque entreprise. Pensez par exemple à la transformation de Georg Fischer en une entreprise focalisée sur les « Flow Solutions ». Ces deux années ont été intenses, surtout pour le management.
swissVR Monitor : Un nombre presqu’aussi élevé de membres de conseils d’administration constate une augmentation des interactions avec la direction. Comment expliquez-vous cette évolution ?
Stefan Räbsamen : En tant que président de comité d’audit, j’ai toujours eu des échanges réguliers avec le CFO, ce qui relève bien sûr de la nature de la fonction que j’occupe. Pour revenir à ce que l’on disait, dans les périodes difficiles, il est tout à fait humain de faire bloc, de discuter plus souvent et de manière plus approfondie au sein du conseil d’administration et avec la direction afin de travailler conjointement à la réussite de l’entreprise.
swissVR Monitor : Près d’un administrateur sur quatre indique que le travail stratégique de son conseil n’est pas suffisamment distinct des activités opérationnelles de la direction. Quel conseil donneriez-vous dans une telle situation ?
Stefan Räbsamen : En anglais, on parle de « Leading the Future and Manage the Present at the very same time » [Conduire le futur et gérer le présent, simultanément]. Le seul conseil que je puisse donner est de veiller à la séparation entre les responsabilités du conseil d’administration et celles de la direction. Le président du conseil d’administration joue un rôle clé à cet égard en donnant le ton et l’impulsion depuis le sommet. Il est essential que l’entreprise ne s’écarte pas de sa trajectoire stratégique en raison de difficultés d’ordre opérationnel.
swissVR Monitor : Selon vous, comment le travail des membres de conseils d’administration va-t-il évoluer au cours des prochaines années ?
Stefan Räbsamen : Compte tenu de la complexité réglementaire croissante d’aujourd’hui, il devient de plus en plus difficile pour les entreprises de respecter l’ensemble des lois et directives. Le conseil d’administration doit en être régulièrement informé, ne serait-ce que dans son propre intérêt. À titre d’exemple, je voudrais mentionner le Cyber Resilience Act de l’UE, qui peut également engager la responsabilité du conseil d’administration en cas de non-conformité.
C’est pourquoi je recommande que les responsabilités et les tâches du conseil d’administration et ses comités soient régulièrement reexamines et, si nécessaire, adaptés. S’agissant du comité d’audit, je constate déjà aujourd’hui un élargissement de son périmètre d’action : il évolue de plus en plus vers un comité d’audit, de risques et de conformité. À l’avenir, le travail des membres du conseil d’administration continuera donc à gagner en complexité et à requérir davantage de temps.