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Interview avec Paola Ghillani

Fondatrice et présidente de Paola Ghillani & Friends AG, membre des conseils d’administration de Transitec Ingénieurs-Conseils et de la fondation UTILITA

L’importance de la responsabilité sociétale et de la durabilité

Paola Ghillani

Paola Ghillani dispose d’une longue expérience en tant que dirigeante dans les domaines de la stratégie et du management, avec un accent sur l’innovation et la durabilité comme facteurs clés de succès. Outre son activité de consultante auprès de groupes, de PME et de start-ups, Paola met son expérience au profit de conseils d’administration chez Helvetia Holding, Weleda, le CICR, la Fédération des coopératives Migros, Romande Énergie Holding, Transitec et la Fondation Utilità en tant que mandatrice non exécutive. Elle est également présidente du comité d’experts pour les fonds d’investissement durables de la Zürcher Kantonalbank / Swisscanto. De 1999 à 2005, Paola a été CEO de la Fondation Max Havelaar et présidente du conseil d’administration de l’organisation internationale Fairtrade Labeling Organisation (FLO) de 1999 à 2005. En 2000, elle a été nommée « Global Leader for Tomorrow » par le Forum économique mondial de Davos (Suisse). En 2009, elle a reçu le Grand Prix Binding pour la protection de la nature et de l’environnement à Vaduz pour l’ensemble de sa carrière.

swissVR Monitor : Votre vision est celle d’un monde meilleur grâce à une économie responsable et durable. Or, les thèmes de la responsabilité et de la durabilité passent actuellement au second plan des priorités des entreprises. Ce sont l’intelligence artificielle, la géopolitique et la réduction des coûts qui dominent. Pourquoi la responsabilité sociétale et la durabilité n’occupent-elles plus actuellement le devant de la scène ?

Paola Ghillani : Le monde devient chaotique, s’affranchit des règles et des investissements massifs dans des armes de destruction massive, l’IA et la robotique de guerre sont effectués. Je ne suis pas convaincue qu’une stratégie et un mode de management des entreprises qui ignorent les valeurs humaines fondamentales et l’éthique soient durables à moyen et long terme. La plupart d’entre nous, en particulier la jeune génération, en sont conscients. C’est pourquoi il est important pour nous d’agir de manière responsable. Pour les entreprises, la durabilité signifie créer de la valeur ajoutée grâce à un équilibre entre les dimensions économiques, sociétales et environnementales, afin d’obtenir de meilleurs résultats économiques, sociétaux et environnementaux. L’IA constitue toutefois aussi un outil important pour rendre les entreprises plus efficaces dans le domaine de la durabilité. Elle est inévitable et se développe de manière exponentielle, mais comme nous vivons cette évolution en direct, en temps réel, les experts eux-mêmes ne sont pas encore en mesure de mettre en place les garde-fous éthiques adaptés et nécessaires au bénéfice de l’humanité.

swissVR Monitor : Dans notre enquête auprès des membres de conseils d’administration, seuls quelques participants ont déclaré que leur comité se pencherait sur les questions de responsabilité sociétale et la durabilité en 2026. L’intérêt pour ces sujets est-il retombé ou pensez-vous qu’ils reviendront bientôt sur le devant de la scène ?

Paola Ghillani : Pour les membres des conseils d’administration qui agissent de manière responsable, la durabilité est un élément essentiel de la stratégie et de la gestion d’une entreprise, car elle génère des effets positifs sur les plans économique, sociétal et environnemental, garantissant ainsi la pérennité de l’entreprise et des générations futures dans de bonnes conditions. La durabilité ne consiste pas à accomplir ponctuellement des bonnes actions en faveur de la société et de l’environnement.

swissVR Monitor : Pourquoi les conseils d’administration devraient-ils aussi (ou surtout) en période de turbulences comme aujourd’hui, donner la priorité à une gestion responsable et durable au sein de leur entreprise ?

Paola Ghillani : Il faut choisir si l’on souhaite, par ses talents et ses activités, contribuer à la « Great Destruction of People » (GDP) ou si l’on préfère repenser le monde pour mettre l’économie au service de la vie et du développement humain. La satisfaction de vivre en bonne santé et le véritable progrès ne dépendent pas uniquement de la croissance et de la productivité, contrairement à ce que suggère le produit intérieur brut, qui est presque sacralisé. Une économie responsable et durable fait partie intégrante de la solution. En donnant la priorité aux valeurs humaines, une entreprise peut en outre éviter des risques réputationnels susceptibles de détruire sa valeur en quelques secondes, comme on a pu le voir avec Tesla et Elon Musk. Il est important de préserver la confiance des clients et des collaborateurs afin d’assurer la durabilité et la pérennité d’une entreprise.

swissVR Monitor : Comment les conseils d’administration peuvent-ils garantir que leur entreprise, face à la multitude de défis actuels, ne néglige pas la responsabilité sociétale et la durabilité, mais continue au contraire à les promouvoir stratégiquement ?

Paola Ghillani : C’est très simple. Le conseil d’administration doit s’assurer que les plans stratégiques présentés par la direction générale contiennent également des objectifs stratégiques assortis d’indicateurs clés de performance mesurables, qui couvrent non seulement les aspects économiques et financiers traditionnels, mais aussi les aspects sociétaux et environnementaux. Cette approche globale dans laquelle le concept de « Triple Bottom Line » entre en jeu, permet d’atteindre les résultats attendus, mais la motivation des collaborateurs augmente également lorsqu’ils travaillent pour une entreprise qui contribue à rendre la planète plus vivable.

swissVR Monitor : Quel aspect de la responsabilité sociétale et de la durabilité considérez-vous comme le prochain thème prioritaire pour les entreprises et leur conseil d’administration en 2026 ?

Paola Ghillani : En tant que membre de conseil d’administration, j’essaierais de m’assurer que l’entreprise se concentre sur les thèmes suivants : premièrement, les investissements et les développements dans le domaine des technologies propres (cleantech), afin de garantir une plus grande autonomie énergétique pour l’entreprise, et la vente de solutions cleantech qui aident d’autres entreprises à devenir autonomes sur le plan énergétique.

Deuxièmement, les investissements et les développements dans le domaine de l’IA durable et de l’IA responsable. L’IA durable sert à analyser et traiter les données économiques, sociétales et environnementales afin de déterminer quelles mesures doivent être prises pour améliorer les résultats économiques ainsi que les impacts sociétaux et environnementaux. Elle peut également faciliter la prise de décisions d’investissement dans le domaine des investissements durables et responsables. L’IA responsable désigne l’alignement, en particulier du développement de l’IA basée sur des agents de l’entreprise, sur les objectifs mondiaux de durabilité et la promotion d’une IA responsable qui contribue autant que possible aux Objectifs de développement durable de l’ONU. À cet égard, il est nécessaire de mettre en œuvre des lignes directrices éthiques.

Troisièmement, c’est le conseil d’administration qui donne l’impulsion au sommet. Il doit contribuer à instaurer davantage de clarté et de structure dans un contexte géopolitique plus complexe que jamais, tout en préservant les valeurs humaines qui rendent les entreprises si attractives pour les clients, ses collaborateurs et les investisseurs responsables.