Dans le secteur public, la fraude est plus qu’un problème financier; c’est un enjeu de gouvernance. Les conditions propices à la fraude s’intensifient en présence de pressions fiscales soutenues, de réductions d’effectifs et d’accélération des investissements stratégiques au sein des gouvernements. Le présent point de vue explore pourquoi le risque de fraude devient plus pertinent dans ce contexte et comment les dirigeants peuvent y répondre en prenant des mesures concrètes et rentables.
Le risque de fraude n’est pas un phénomène isolé. Il survient quand la pression s’intensifie, que les contrôles s’effritent et que la surveillance faiblit. Dans le secteur public, chaque dollar perdu en raison d’une fraude est un dollar non disponible pour des services publics essentiels, ce qui sape la confiance du public dans les institutions. Au cours des deux dernières décennies, la valeur médiane des pertes liées aux fraudes a beaucoup augmenté, signe que les conséquences de la fraude augmentent proportionnellement à la complexité et aux contraintes des gouvernements.
Triangle de la fraude à l’ère des contraintes budgétaires opérationnelles
La fraude économique ne relève pas toujours d’une intention criminelle. Elle se situe plus souvent à l’intersection de la pression, de l’opportunité et de la rationalisation, communément appelée le triangle de la fraude. Pendant les périodes de contraintes budgétaires, les réductions d’effectifs et l’incertitude organisationnelle accroissent la pression, tandis que l’affaiblissement des contrôles et de la rationalisation culturelle crée des conditions où les dérives éthiques sont plus probables, même dans les organisations très intègres. Le secteur public n’est pas à l’abri de ce risque, en particulier dans le contexte fiscal actuel.
Conséquences imprévues des contraintes budgétaires opérationnelles
Mises ensemble, les décisions de réduire progressivement les coûts, notamment par la consolidation des rôles, le recours accru à la confiance plutôt qu’à la vérification et le report d’activités de gestion du risque de fraude peuvent affaiblir l’environnement de contrôle. Cela augmente le risque que les fraudes ne soient pas détectées et diminue la capacité des organisations à y réagir efficacement. Les risques de fraude interne et externe peuvent se multiplier dans ces conditions.
Par ailleurs, la hausse des investissements stratégiques peut aussi entraîner des risques de fraude : l’accélération des achats, le recours accru à des tiers, la compression des échéances et l’exécution de programmes à grande échelle peuvent accroître le risque de fraude si l’intégrité et la surveillance ne sont pas intégrées dès le départ.
La force multiplicatrice des technologies
Les technologies émergentes amplifient le risque de fraude. L’IA générative et les techniques d’ingénierie sociale avancées permettent d’élaborer à peu de frais des stratagèmes de fraude très convaincants dans un contexte où les contraintes budgétaires du secteur public retardent souvent la formation et l’application de mécanismes de défense. Cela crée une asymétrie de plus en plus grande entre les fraudeurs de mieux en mieux outillés et les institutions publiques affaiblies.
Anticiper le risque de fraude
Les gouvernements n’ont pas besoin de programmes imposants à forte intensité de ressources pour mieux prévenir la fraude. Des mesures pratiques comme une formation ciblée sur la fraude, des voies de communication claires, des évaluations du risque de fraude et une utilisation pertinente des données et de l’analytique ainsi qu’une équipe bien préparée pour répondre aux incidents signalés peuvent accroître considérablement la résilience, même durant les périodes de resserrement budgétaire.