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L’économie du commerce de détail au Canada a profondément changé. Comment renouer avec une croissance rentable?

Dans la plus récente édition de notre série sur le commerce de détail réinventé, nous présentons quatre approches que les leaders canadiens peuvent adopter pour stimuler une croissance rentable, alors que des forces structurelles transforment le secteur.

Points essentiels

  • La rentabilité du commerce de détail au Canada subit des contraintes structurelles, alors que les moteurs historiques de croissance, comme la croissance démographique et le pouvoir de fixation des prix, continuent de s’affaiblir.
  • La rentabilité n’est plus un sous-produit de la croissance. Elle exige des choix délibérés quant aux marchés à cibler, aux façons de gagner et à la configuration du modèle d’exploitation, en fonction du rendement propre à chaque entreprise.
  • L’amélioration de la rentabilité exige une exécution commerciale ciblée et précise, guidée par le chiffre d’affaires et le rendement du BAIIA du détaillant.
  • Deloitte aide les détaillants à aller au-delà des compressions ponctuelles de coûts en intégrant la discipline des marges aux décisions courantes.  

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Ce qui fonctionnait hier ne fonctionnera plus demain

La rentabilité du commerce de détail au Canada a longtemps été soutenue par des facteurs comme la croissance démographique, le pouvoir de fixation des prix, les concessions des fournisseurs et d’autres leviers structurels. Or, aucun de ces facteurs ne devrait se maintenir d’ici 2030, et la structure même du marché canadien en accentue l’érosion.

Le ralentissement de la croissance démographique affaiblit un moteur de la demande

  • La croissance démographique du Canada a stagné au début de 2025, puis reculé au second semestre, tandis que les volumes réels du commerce de détail sont devenus légèrement négatifs au quatrième trimestre1.
  • Dans un marché plus restreint, dont le PIB est environ 13 fois inférieur à celui des États-Unis, les détaillants ne peuvent pas compenser le ralentissement de la demande par des gains d’échelle2.

Le pouvoir de fixation des prix s’érode dans un marché plus concurrentiel

  • Les consommateurs canadiens ont longtemps payé une « prime du commerce de détail », en raison d’une concurrence intérieure plus limitée, ce qui permettait aux détaillants de répercuter les hausses de coûts. Cet avantage s’érode rapidement, à mesure que les places de marché en ligne, les nouveaux entrants américains et les magasins à bas prix élargissent le choix offert aux consommateurs.
  • Cette dynamique est accentuée par des consommateurs axés sur la valeur, très sensibles aux prix et fortement influencés par les promotions.

Les négociations avec les fournisseurs ne sont plus un levier de marge fiable

  • Les fournisseurs subissent eux aussi des pressions sur les coûts, ce qui réduit l’efficacité des négociations traditionnelles fondées sur les concessions.
  • L’exposition du Canada aux importations libellées en dollars américains et l’évolution des politiques commerciales, alors qu’environ 60 % des importations canadiennes provenaient des États-Unis en 2024, entraînent une volatilité persistante des coûts qui ne peut pas être refilée aux consommateurs3.

Les désavantages structurels liés aux coûts compriment les marges

  • La plus faible densité de population accroît les coûts de transport et de livraison du dernier kilomètre, tout en limitant l’efficacité des réseaux de magasins.
  • La plus faible pénétration du commerce électronique, qui représentait environ 6,1 % des ventes au détail au Canada en 20254, contre environ 16,4 % aux États-Unis5, ainsi que l’essor de la livraison sur demande accentuent encore la pression sur les marges.
  • Ces facteurs limitent la capacité d’amortir les coûts fixes, notamment ceux liés à la technologie et à la chaîne d’approvisionnement.

Par conséquent, de nombreux détaillants canadiens voient leurs marges se contracter, même lorsqu’ils maintiennent une croissance du chiffre d’affaires. Dans le contexte actuel, la rentabilité n’est plus un sous-produit de la croissance; elle découle plutôt de choix disciplinés quant aux marchés à cibler, aux façons de gagner et à la configuration du modèle d’exploitation.

Quatre approches pour renforcer la rentabilité

Une matrice comparant le chiffre d’affaires au BAIIA fait ressortir quatre archétypes, selon que les marges se contractent ou s’élargissent.  

Même si les acteurs appartenant à un même archétype sont confrontés à des défis qui leur sont propres, ils peuvent envisager des mesures similaires pour rétablir, maintenir ou accroître leur rentabilité.

Alors que l’incertitude économique continue de peser sur les dépenses de consommation au Canada, la rentabilité exige une exécution commerciale ciblée, et non des compressions ponctuelles des frais de vente, généraux et administratifs qui risquent d’affaiblir la proposition de valeur.

Trois catégories de leviers stratégiques peuvent être appliquées à l’ensemble des archétypes :

  • Leviers de marge brute : améliorer l’économie unitaire afin de favoriser la croissance des bénéfices, même dans un contexte de faible demande.
  • Leviers liés aux frais de vente, généraux et administratifs : renforcer la discipline des coûts et le levier d’exploitation sur la base de revenus existante, tout en faisant preuve de précision pour éviter d’affaiblir l’expérience consommateur et la demande.
  • Leviers structurels : simplifier le modèle d’exploitation et réduire le coût de service afin de revoir les paramètres économiques fondamentaux de l’entreprise.  

Les détaillants dont la croissance dépasse la rentabilité bénéficient d’une forte demande, mais leur rentabilité est diluée par des facteurs comme les réinvestissements qui font croître les coûts fixes et variables plus rapidement que les revenus, une composition inefficace de l’assortiment et des canaux, ainsi que l’exposition aux droits de douane.

Ils doivent préserver la marge brute tout en protégeant le fonds de roulement, puisque les revenus progressent plus rapidement que le levier d’exploitation. Les mesures structurelles pourront suivre une fois l’économie unitaire stabilisée.

Leviers clés

  • Marge brute : diversifier l’approvisionnement, par exemple au moyen d’une base de fournisseurs à plusieurs niveaux, afin d’atténuer l’exposition aux fluctuations de change et aux droits de douane.
  • Marge brute : resserrer l’architecture prix-format et la discipline promotionnelle.
  • Frais de vente, généraux et administratifs : convertir les coûts fixes en coûts variables, par exemple au moyen d’une main-d’œuvre flexible et de la logistique de tiers, afin de dissocier la croissance des coûts de l’échelle.
  • Structurel : réévaluer les mesures incitatives des employés afin que les directeurs de magasin et de catégorie soient évalués en fonction de la marge sur coûts variables, plutôt que seulement des ventes.

Exemple tiré du marché

Pour contrer les répercussions importantes de l’expansion rapide de son réseau de magasins et des droits de douane sur sa rentabilité, un détaillant canadien en forte croissance a diversifié de façon structurelle sa base d’approvisionnement afin de réduire sa concentration dans un seul pays et de limiter les démarques. Grâce à la planification et à la répartition fondées sur l’IA, il a délibérément transformé un engagement fixe en matière de stocks en un engagement variable et adapté à la demande, tout en choisissant consciemment de plafonner les volumes afin de protéger les ventes à plein prix.  

Les détaillants dont le chiffre d’affaires stagne et dont le levier d’exploitation s’affaiblit peuvent dégager de la valeur en redimensionnant leur entreprise. Cela exige souvent de réviser les attentes de croissance et de préciser la proposition de valeur afin de rétablir les marges.

Leviers clés

  • Marge brute : réexaminer l’assortiment de produits et réduire les UGS à faible rotation; se retirer des secteurs d’activité qui diluent la rentabilité.
  • Marge brute : regrouper les fournisseurs et renégocier les contrats d’approvisionnement.
  • Frais de vente, généraux et administratifs : revoir le modèle d’exploitation et réduire les paliers de frais généraux.
  • Structurel : rationaliser, réorienter et optimiser les réseaux physiques, notamment les magasins, les centres de distribution et la flotte de transport.

Exemple tiré du marché

Dans le cadre de sa stratégie de redressement et de restructuration, un détaillant canadien de vêtements a décidé de fermer définitivement certaines de ses bannières spécialisées et les magasins qui y étaient associés, ce qui lui a permis de réduire ses coûts d’occupation et de simplifier la complexité de son réseau. À la suite de cette restructuration, l’entreprise a rationalisé ses activités, abandonné les concepts non essentiels et continué de gérer rigoureusement ses frais généraux, notamment en réduisant de 3 % ses frais de vente, généraux et administratifs.  

Pour les détaillants qui progressent sur les deux axes, le risque est de voir la complexité réapparaître à mesure que l’échelle augmente. La valeur repose sur la préservation de l’avantage structurel lié aux coûts, grâce à une gestion rigoureuse de la chaîne d’approvisionnement et à des capacités d’IA, tout en investissant dans l’innovation de produits afin de soutenir la croissance et de maintenir le leadership sur le marché.

Leviers clés

  • Marge brute : approfondir le portefeuille de marques verticales en expérimentant délibérément de nouveaux formats.
  • Marge brute : monétiser et étendre l’utilisation des données consommateurs; élargir l’offre à des catégories adjacentes au moyen de modèles à faible intensité de capital, comme les places de marché.
  • Frais de vente, généraux et administratifs : intégrer durablement la productivité aux activités en magasin, notamment grâce à l’automatisation des tâches et à la planification dynamique de la main-d’œuvre.
  • Frais de vente, généraux et administratifs : renforcer la discipline liée à la productivité des stocks à grande échelle.
  • Structurel : mettre en œuvre une tarification stratégique et numériser la chaîne d’approvisionnement.
  • Structurel : limiter rigoureusement la complexité liée aux UGS et au réseau.

Exemple tiré du marché

Un détaillant canadien à rabais a conçu son modèle d’exploitation autour d’un nombre limité d’UGS, soit moins de 6 000, et d’une rotation rapide des stocks. En renforçant ses investissements dans l’analytique des données et la prévision de la demande, il peut automatiser davantage la gestion des stocks et accroître l’efficacité du réapprovisionnement. Ces choix stratégiques lui ont permis d’atteindre des marges d’exploitation parmi les meilleures du secteur. 

Pour les détaillants établis, la croissance organique des volumes est limitée par la structure même d’un marché fixe, comme l’alimentation ou l’essence. La croissance repose donc sur l’ajout de services à forte marge aux activités de base et sur l’exploration d’occasions de croissance externe. La valeur découle de deux leviers complémentaires : une discipline du modèle d’exploitation qui maintient l’efficience des activités de base et un écosystème à forte marge qui s’y ajoute.

Leviers clés

  • Marge brute : développer un réseau média de détail en tirant parti des données de première partie.
  • Marge brute : accroître la pénétration des marques privées grâce à un assortiment multimarque.
  • Structurel : explorer les occasions de fusions et acquisitions ainsi que de partenariats stratégiques.
  • Structurel : monétiser les capacités internes, comme l’infrastructure de la chaîne d’approvisionnement, auprès de tiers, par exemple au moyen de la logistique à titre de service.

Exemple tiré du marché

Un grand détaillant en alimentation tire parti de ses données de première partie en vendant des solutions ciblées de publicité et de marketing aux fournisseurs de biens de consommation emballés. En plus de monétiser ses données, le détaillant a diversifié ses sources de revenus en offrant des services liés à la chaîne d’approvisionnement à plus de 1 000 fournisseurs et en élargissant ses activités aux services de santé au moyen d’acquisitions. 

L’IA comme multiplicateur de force et catalyseur

L’IA agit comme un multiplicateur de force pour les leviers à forte valeur, notamment la tarification et la gestion des stocks, et comme un catalyseur de capacités plus larges, comme la prévision et l’automatisation. Les détaillants de tous les archétypes doivent d’abord mettre en place les assises nécessaires pour que l’IA soit efficace, puis choisir les leviers d’investissement les plus pertinents selon leurs besoins d’affaires. 

Comment Deloitte peut aider

Compte tenu de la complexité du marché canadien du commerce de détail, les dirigeants ne peuvent plus compter sur l’élan acquis ni sur des vents favorables macroéconomiques pour maintenir leur rendement. Une croissance rentable exige une série de décisions bien ordonnées.

Deloitte aide les détaillants à prioriser et à enchaîner ces choix pour protéger les activités de base tout en renforçant les marges. Nous collaborons avec les leaders pour réaffecter le capital vers les occasions offrant le meilleur rendement et intégrer les données, l’IA et la discipline de gestion aux décisions courantes. Cela comprend la transformation des réseaux et des formats de magasins, la refonte du coût de service et le renforcement de la résilience de la chaîne d’approvisionnement pour mieux absorber la volatilité continue des coûts et de la demande.

Nous allons au-delà de la stratégie. Nous combinons nos connaissances des industries et des secteurs, l’expérience d’exploitants et un soutien à l’exécution pour passer de la vision à l’action. Le résultat n’est pas un redressement ponctuel, mais un ensemble d’initiatives cumulatives qui favorisent une croissance rentable durable.

Pour discuter de la façon dont votre organisation peut améliorer son rendement sur le marché canadien, communiquez avec l’équipe Stratégie et commerce de détail de Deloitte.  

  1. Statistique Canada, « Commerce de détail, décembre 2025 », 20 février 2026.
  2. Worldometer, « PIB par pays » (en anglais), 8 juin 2026.
  3. Statistique Canada, « Commerce international de marchandises du Canada, décembre 2024 », 5 février 2025.
  4. Statistique Canada, « Commerce de détail, décembre 2025 », 20 février 2026.
  5. US Census Bureau, « Quarterly retail e-commerce sales » (en anglais), 18 mai 2026.  

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