Points essentiels
Bien que le marketing et la finance jouent tous deux un rôle central dans la performance, ils n’arrivent que rarement à la table de direction sur un pied d’égalité. Dans de nombreuses organisations, le marketing est encore perçu principalement comme de l’exécution et un centre de coûts, plutôt que comme un système de génération de revenus futurs. La finance, à l’inverse, est positionnée comme la garante des marges, des risques et de l’allocation du capital.
Ce déséquilibre se reflète dans la perception au sein du comité de direction. Les recherches montrent de manière constante que le directeur financier est perçu comme la voix la plus fiable à la table de direction. Dans une enquête, 79 % des répondants ont indiqué que le directeur financier est le dirigeant que les chefs de la direction sont le plus susceptibles d’écouter, contre seulement 15 % pour les directeurs marketing1. Pour combler cet écart, les directeurs marketing doivent établir un partenariat productif avec leur directeur financier.
Dans des entretiens que nous avons menés avec des leaders canadiens du marketing et de la finance, un thème constant est ressorti : les partenariats les plus solides entre directeur marketing et directeur financier sont conçus pour favoriser une tension constructive. Les leaders ont décrit la création d’un espace pour poser plus tôt les questions, clarifier les hypothèses et accélérer les arbitrages, grâce à une gouvernance convenue autour de quatre piliers : une vérité partagée, un langage partagé, un apprentissage partagé et une responsabilité partagée.
Lorsque ces éléments de base sont en place, la collaboration devient plus fluide, les décisions s’accélèrent et la confiance se renforce par la fiabilité dans le temps.
Lorsque ces bases sont en place, les leaders passent moins de temps à débattre de la légitimité des preuves et davantage à débattre de ce qu’elles signifient pour la réussite partagée.
Le marketing et la finance ont tous deux besoin de confiance non seulement dans les chiffres eux‑mêmes, mais aussi dans la façon dont ces chiffres sont produits, gouvernés et audités. Lorsque la mesure ne bénéficie pas d’un responsable clair au niveau de l’entreprise, les équipes compensent par des vérifications supplémentaires, des analyses parallèles et des débats.
Ne regardez pas un compte de résultat marketing comme vous regardez un compte de résultat de la chaîne d’approvisionnement. Les chiffres ne signifient pas tous la même chose selon les fonctions. Soyez curieux, soyez humbles et comprenez ce que [nous avons fait] auparavant.
– Directeur marketing, Commerce de détail
S’accorder sur des concepts tels que contribution additionnelle, horizon temporel et valeur mesurable permettent de concilier l’exigence de la finance en matière de preuves « de niveau décision » avec l’incertitude inhérente au marketing.
Lorsque nous parlons d’investissements stratégiques, il ne s’agit pas d’indicateurs de performance. La question porte davantage sur le rendement net et la période de retour. Tous les dossiers d’affaires n’auront pas un retour financier, et le marketing comporte souvent une composante très stratégique.
– Directeur financier, entreprise publique réglementée
La confiance se bâtit grâce à des cycles réguliers de prévision, de revue et de rajustement. Des boucles d’apprentissage reproductibles transforment les désaccords en variances maîtrisées et évitent que les mêmes débats ne ressurgissent chaque trimestre.
Tout au long de l’année, fournir au moins une mise à jour trimestrielle sur le budget marketing et le profil de retour sur investissement au directeur financier aide tout le monde à bien comprendre la situation.
– Directeur marketing, Services financiers
Lorsque les droits de décision et les responsabilités ne sont pas clairement définis, les désaccords sur les métriques sont inévitables. Constater des résultats ne suffit pas. Une collaboration productive repose sur des critères partagés pour interpréter la performance et arbitrer les compromis.
Nous ne devrions pas chercher à vendre une idée. Ce ne doit pas être un argument commercial. La question devrait être : pourquoi cet investissement a-t-il du sens pour nous? Qu’est-ce qui pourrait bien se passer? Qu’est-ce qui pourrait mal se passer? Quels sont les risques? Quelles sont les occasions? Et cherchons-nous de manière proactive des éléments contradictoires – des raisons pour lesquelles cela pourrait être une mauvaise idée?
– Directeur financier, Services professionnels
Un partenariat solide entre le directeur marketing et le directeur financier repose sur une base commune qui produit des résultats clairs :
Les équipes cessent de renégocier les définitions et les points de référence. Les décisions suivent une logique reproductible, même lorsque les conclusions évoluent.
Les questions émergent plus tôt, les éléments de preuve atteignent plus vite le niveau requis pour décider, et les revérifications laissent place à de prochaines étapes menées avec confiance.
Les hypothèses et les déclencheurs sont explicites, ce qui réduit les surprises et permet des engagements sur des horizons plus longs, même sous pression.
Pour les directeurs marketing et financiers, une tension saine se manifeste tôt, sous forme d’arbitrages fondés sur les faits, alors que les décisions sont encore en formation. Les hypothèses sont mises au défi ouvertement et les compromis sont faits délibérément, avant que les positions ne se rigidifient. Une tension malsaine apparaît plus tard et à un coût plus élevé. Elle se traduit par des comportements de « gardien du seuil », des escalades, des tableaux de bord parallèles et des reprises de travail alors que les décisions devraient déjà être arrêtées.
Les directeurs financiers capables de parler le langage du marketing peuvent s’engager de manière constructive. Cette capacité affine la priorisation et ancre les paris de croissance dans la réalité économique. Côté finance, les directeurs marketing attendent souvent – et accueillent même – la contradiction lorsqu’elle améliore les décisions plutôt que de les ralentir.
Comprendre ce qui sous-tend les hypothèses et les comptes rendus est essentiel. Pour y parvenir, les directions marketing et financière doivent apprendre comment fonctionne réellement l’autre partie, non seulement à travers les IRC et les métriques, mais aussi avec les actions qui génèrent ces résultats. Un directeur financier d’un groupe multinational de transport et logistique a illustré la force de réunir marketing et finance autour de rendez-vous réguliers :
L’étape clé a été d’intégrer la prévision de revenus du côté ventes et marketing, car c’est probablement là que nous avions les plus grands défis. Nous avons créé un groupe qui rendait compte indirectement au directeur marketing, mais relevait de la finance, avec une ligne en pointillé vers le directeur marketing […] pour challenger et pousser nos responsables des ventes et du marketing. Il ne s’agissait pas d’avoir la prévision la plus haute, mais de comprendre ce qui sous-tend les hypothèses, la prévision et le compte rendu, puis d’organiser des points hebdomadaires avec l’ensemble des responsables ventes et marketing pour suivre notre performance par rapport aux attentes.
Ces scénarios réels montrent la différence entre une tension saine, qui accélère la décision, et une tension malsaine, qui la ralentit.
Lors d’un changement de direction, les indicateurs sont souvent réinitialisés. Le marketing apporte des mesures liées au parcours, à l’expérience et à la marque ; la finance demande comment elles se traduisent en valeur économique. Les deux positions sont légitimes, mais les avancées s’enrayent. Faute d’un langage commun sur ce que signifie « bien » et sur les indicateurs qui conditionnent l’investissement, l’organisation dérive vers l’optimisation court terme et des débats récurrents.
Quand les résultats ne sont pas jugés fiables, les revérifications se multiplient. Les définitions sont contestées, des tableaux de bord parallèles apparaissent et la vitesse de décision s’effondre — favorisant l’émergence d’une « finance de l’ombre ». Le problème n’est pas la revue critique, mais l’absence de responsabilité claire pour la certification des chiffres et leur traduction. Sans une vérité rapide et de niveau décisionnel, la confiance s’érode même si le suivi augmente.
La collaboration se renforce lorsque l’organisation fait de la tension productive la norme, par conception. Pour intégrer une tension saine dans le travail du quotidien, commencez petit :
Deloitte aide les directeurs marketing et les directeurs financiers à passer d’un alignement ponctuel à des partenariats durables qui offrent rapidité de décision, clarté et confiance. Nos interventions privilégient des leviers opératoires concrets et une formation ciblée des dirigeants afin de construire une compréhension partagée du rôle du marketing dans la création de valeur. Ces capacités peuvent être appliquées aux cycles de planification, aux réallocations, aux revues de performance et aux arbitrages de direction, sans perdre la tension saine qui conduit à de meilleures décisions.
Si vous souhaitez renforcer le modèle opérationnel entre directeurs marketing et directeurs financiers, et positionner le marketing comme un partenaire de croissance de l’entreprise, nous vous invitons à entrer en contact avec nos leaders.