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L’IA générative ne résout pas le problème de la main-d’œuvre en Suisse : elle ne peut que compenser partiellement la vague de départs à la retraite

Zurich, le 22 octobre 2026

Au cours des dix prochaines années, environ 900’000 actifs atteindront l’âge de la retraite, soit un actif sur cinq. Dans de nombreux cas toutefois, l’intelligence artificielle générative ne peut guère prendre en charge les tâches essentielles. Dans les secteurs des soins, de l’artisanat et des transports, l’IA peut certes faciliter certaines tâches administratives, mais elle ne peut compenser que partiellement les besoins de remplacement liés à l’évolution démographique. C’est ce que révèle une nouvelle analyse de Deloitte portant sur 279 métiers en Suisse. En revanche, dans les métiers du développement logiciel et du marketing, le potentiel de transformation par l’IA est élevé alors que les besoins de remplacement sont faibles. Dans ces domaines, des suppressions de postes ne sont pas à exclure, et certaines fonctions destinées aux personnes en début de carrière pourraient disparaître.

Au total, plus de 900’000 actifs atteindront l’âge de la retraite au cours des dix prochaines années, ce qui représente environ 20% de la population active actuelle. Les besoins de remplacement liés au vieillissement sont particulièrement élevés dans les métiers axés sur les personnes, les services et la pratique. Le personnel soignant est un bon exemple, puisque près de 22’000 salariés, soit 23% de cette catégorie professionnelle, sont âgés de 55 ans ou plus. Dans les métiers de l’assistance aux soins, cette proportion s’élève à 30%. Elle atteint 35% chez les chauffeurs de bus et de tramway et 33% chez les aides à domicile et le personnel d’entretien. Plusieurs professions du secteur de l’éducation et de l’enseignement présentent également des besoins de remplacement supérieurs à la moyenne en raison de l’évolution démographique.

Comme le montre une analyse réalisée par le cabinet d’audit et de conseil Deloitte, c’est précisément dans ces secteurs que le potentiel d’automatisation directe proposé par les systèmes d’IA générative actuellement disponibles reste limité. L’IA peut certes faciliter certaines tâches dans les domaines de la documentation, de la planification, de l’administration et de la recherche d’informations. Mais, dans un avenir proche, les systèmes d’IA actuels ne seront guère en mesure de prendre soin des personnes âgées ou malades, d’enseigner aux enfants ou d’effectuer un travail physique. La pénurie de main-d’œuvre dans ces métiers devrait donc persister malgré l’IA et s’aggraver encore dans les années à venir.

Postes vacants et pression croissante en matière d’adaptation

L’analyse de Deloitte croise les données relatives à la demande de remplacement démographique avec un indice récemment mis au point mesurant le potentiel de transformation par l’IA. Celui-ci met en évidence les professions dans lesquelles les systèmes d’IA actuels jouent déjà un rôle particulièrement important et peuvent considérablement accélérer certaines tâches (voir l’illustration à la page suivante). Quatre configurations distinctes se dégagent.

« Le risque majeur n’est pas que l’IA remplace des emplois, mais que les entreprises ne modifient pas leurs postes de travail et se contentent d’y ajouter l’IA. Les personnes qui utilisent l’IA uniquement pour rédiger plus rapidement des e-mails ou automatiser des tâches administratives passent à côté d’une grande partie de son potentiel. La véritable opportunité consiste à repenser complètement des processus métier dans leur ensemble et à remettre fondamentalement en question des tâches qui devront encore être effectuées par des êtres humains à l’avenir. Face notamment à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, nous ne devrions pas seulement chercher les moyens permettant aux individus de travailler plus efficacement, mais aussi réfléchir à la manière dont les entreprises peuvent créer davantage de valeur grâce à l’IA », déclare Antonio Russo, Responsable Innovation chez Deloitte Suisse.

Faire face à la fois à la pénurie et au changement

Le principal défi ne réside donc pas dans une simple opposition entre « l’être humain et la machine ». C’est plutôt une situation dans laquelle pénurie et bouleversements coexistent qui se profile : en Suisse, de nombreux postes pourraient rester vacants dans certains métiers où l’IA ne peut guère prendre en charge les tâches essentielles, tandis que dans d’autres emplois de bureau, qui demandent généralement des connaissances approfondies, l’IA automatise certaines tâches et crée de nouvelles exigences.

Illustration : La comparaison entre les besoins de remplacement liés à l’évolution démographique et le potentiel de transformation par l’IA met en évidence des situations de départ différentes : un besoin important de remplacement ne va pas automatiquement de pair avec un potentiel élevé de recours à l’IA générative.

 

« Il ne faut pas que la Suisse considère l’IA comme une solution miracle à la pénurie de main-d’œuvre liée à l’évolution démographique », explique Michael Grampp, économiste en chef chez Deloitte Suisse. « L’IA générative transforme avant tout les activités qui mobilisent un volume important de connaissances ainsi que les tâches administratives. Or, c’est souvent dans les professions où le travail physique, l’accompagnement personnalisé et les tâches pratiques sur le terrain jouent un rôle majeur qu’il existe un besoin important de renouvellement démographique. »

Pour Michael Grampp, cette situation soulève également une question fondamentale en matière de formation : « Si nous continuons à considérer les parcours universitaires comme la voie royale et que, de ce fait, la formation professionnelle passe au second plan, nous envoyons de mauvais signaux. Compte tenu de l’évolution démographique et des changements induits par l’IA générative, la Suisse n’a pas besoin de maximiser la proportion de personnes diplômées de l’enseignement supérieur, mais elle doit établir un juste équilibre entre qualifications professionnelles et universitaires. Les entreprises, les établissements d’enseignement et les responsables politiques doivent renforcer la formation professionnelle et faciliter la reconversion professionnelle vers des métiers tels que les soins, la restauration, la logistique et l’artisanat, tout en proposant des perspectives de carrière attrayantes. »

Planification des effectifs et stratégie en matière d’IA vont de pair

Pour les entreprises, une conséquence s’impose : la planification traditionnelle des effectifs ne suffit plus. Il faut analyser les tâches propres à chaque fonction et déterminer comment l’IA générative les transforme. L’enjeu est d’identifier les domaines où se conjuguent les départs à la retraite, les difficultés de recrutement et le potentiel de l’IA, et ceux où ce n’est pas le cas. Pour les métiers confrontés à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, l’IA devrait décharger les employés des tâches administratives ou répétitives. En revanche, en ce qui concerne les emplois de bureau et les professions intellectuelles, il faut surtout miser sur la formation continue et l’évolution des fonctions.

La promotion des jeunes talents revêtira une importance particulière. Dans des métiers tels que la programmation, le conseil juridique, la traduction et l’administration, l’IA prend progressivement en charge les tâches simples et routinières. Ce sont précisément ces tâches qui ont souvent permis aux personnes en début de carrière d’acquérir de l’expérience. Les entreprises doivent continuer à garantir ces parcours d’apprentissage à l’avenir afin de permettre l’acquisition d’expérience.

« La compétitivité de la Suisse dépend de la rapidité et de l’efficacité avec lesquelles les entreprises intègrent l’IA générative dans leur quotidien professionnel », déclare Michael Grampp. « Elles doivent ainsi gagner en productivité et former leurs effectifs à de nouvelles tâches. Parallèlement, il faut suffisamment de jeunes pour les métiers où l’accompagnement personnalisé, les compétences pratiques et la présence humaine restent essentiels. »

À propos de l’étude

Dans le cadre de l’étude « Vieillissement de la Suisse : comment l’IA peut transformer le marché du travail suisse », Deloitte a croisé des données démographiques et professionnelles suisses avec des données internationales portant sur l’utilisation et sur le potentiel d’application de l’IA. La proportion de salariés âgés de 55 ans et plus par profession sert d’indicateur pour les besoins de remplacement liés à l’évolution démographique. L’indice du potentiel de transformation par l’IA combine des données sur l’utilisation effective de l’IA générative et des évaluations des tâches pour lesquelles les grands modèles de langage peuvent accélérer ou faciliter le travail. 279 métiers ont été analysés.