Le 5 novembre 2025
Le 4 novembre 2025, le ministre des Finances et du Revenu national, l’honorable François-Philippe Champagne, a présenté le budget de 2025 à la Chambre des communes, lequel s’intitule « Un Canada fort ».
Un résumé des mesures fiscales proposées dans ce budget est fourni ci-dessous.
Le budget de 2025 est présenté comme un plan visant à réaliser des investissements générationnels, accompagné d’une « feuille de route pour dépenser moins afin de pouvoir investir davantage ». Hormis quelques bonifications à des mesures fiscales précédemment annoncées, comme un amortissement accéléré et des investissements supplémentaires dans la recherche scientifique et le développement expérimental (RS&DE), cette feuille de route n’inclut aucun changement fiscal important. Cela respecte ainsi l’engagement pris par le gouvernement au cours de la période précédant le budget à savoir qu’il n’y aurait aucune surprise, tout en formalisant un discours axé sur les investissements pour favoriser une croissance économique à long terme.
Aucun changement important n’a été apporté aux taux d’imposition des particuliers, aux taux d’imposition des sociétés ou à la taxe sur les produits et services. Plusieurs mesures fiscales figurant dans la plateforme électorale du Parti libéral pour 2025 sont absentes, notamment un régime privilégié des brevets, des incitatifs fiscaux pour le logement, un élargissement des actions accréditives pour les entreprises en démarrage, un crédit d’impôt pour l’intelligence artificielle ainsi qu’un examen par des experts du régime d’imposition des sociétés.
Même si le budget de 2025 respecte l’engagement électoral du Parti libéral pour 2025 visant à équilibrer le budget de fonctionnement en quatre ans, le déficit combiné pour l’exercice 2025-2026 devrait atteindre 78,3 milliards de dollars. Cela représente près du double de la projection de 42,2 milliards de dollars présentée dans l’Énoncé économique de l’automne 2024, et 25 % de plus que la prévision de 62,3 milliards de dollars figurant dans la plateforme électorale du Parti libéral pour 2025. D’ici 2028-2029, le déficit devrait atteindre 57,9 milliards de dollars, un niveau qui est nettement plus élevé que la prévision de 47,8 milliards de dollars indiquée dans cette même plateforme électorale. Bien que ces prévisions de déficit demeurent plus élevées que ne le souhaiteraient les tenants d’une stricte discipline budgétaire, elles sont inférieures aux attentes de certaines organisations (compte tenu de toutes les annonces d’investissements faites depuis les élections), principalement parce qu’une grande partie de ces investissements avait déjà été annoncée.
Le premier ministre Mark Carney avait annoncé que son gouvernement allait « dépenser moins afin d’investir davantage », une expression qui revient d’ailleurs à 14 reprises dans le budget de 2025. Tout au long de la campagne électorale, le premier ministre a indiqué qu’il y aurait un changement dans le cadre budgétaire afin de distinguer les dépenses de fonctionnement et les dépenses d’investissement. Un document technique du ministère des Finances, publié il y a quelques semaines, a utilisé des définitions larges pour cette classification, ce qui a suscité des inquiétudes quant à l’utilisation d’un tel cadre pour occulter des ancrages budgétaires clairs. Bien que ces préoccupations persistent, l’accent mis sur les dépenses d’investissement représente une rupture nette avec la politique du précédent gouvernement libéral. Le budget fait état de dépenses d’investissement antérieures, qui se situaient entre 25,8 et 30,7 milliards de dollars après la COVID, alors que pour les quatre prochaines années, les dépenses d’investissement devraient avoisiner les 60,0 milliards de dollars, illustrant ainsi une orientation renouvelée du gouvernement fédéral.
De plus, les investissements sont axés sur des secteurs susceptibles de stimuler l’investissement du secteur privé, ce qui, combiné au financement gouvernemental, devrait selon le gouvernement atteindre près de 1 000 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années. Certains de ces investissements proviendront de projets soumis au nouveau Bureau des grands projets, tandis que d’autres s’inscriront dans une stratégie plus large visant à développer des infrastructures pour diversifier le commerce. D’autres initiatives de financement, telles qu’un nouveau fonds d’un milliard de dollars destiné à mobiliser le capital de risque en encourageant la participation des fonds de pension et autres investisseurs institutionnels, s’inscrivent dans la même dynamique de coopération avec le secteur privé. Le gouvernement semble miser sur l’efficacité des mesures fiscales précédemment annoncées (bonifiées par le budget de 2025) ainsi que sur la réforme réglementaire proposée afin de renforcer la confiance des investisseurs et de permettre la réalisation de ces investissements générationnels.
Le budget de 2025 encourage les investissements du secteur privé grâce à des mesures bonifiées relatives à la déduction pour amortissement, en partie en réponse à la législation fiscale américaine adoptée plus tôt cette année. Il confirme la prolongation de l’Incitatif à l’investissement accéléré, qui prévoit une déduction bonifiée la première année pour la plupart des immobilisations, et étend ce régime pour permettre la passation en charges immédiate du coût des bâtiments servant à la fabrication ou à la transformation acquis à compter du 4 novembre 2025 et utilisés pour la première fois avant 2030. À titre d’exemple, la mesure de passation en charges immédiate est évaluée à environ 1,2 milliard de dollars sur cinq ans, soit un coût comparable à celui du crédit d’impôt proposé pour les préposés aux services de soutien à la personne, qui offrirait jusqu’à 1 100 $ par travailleur chaque année. Bien que les mesures fiscales additionnelles soient modestes, il convient de noter que la plupart d’entre elles avaient déjà été annoncées, notamment l’annulation de l’augmentation du taux d’inclusion des gains en capital et une réduction d’impôt généralisée en diminuant le taux marginal le plus bas pour la classe moyenne.
Les économies gouvernementales sont estimées à 60 milliards de dollars sur cinq ans, soit 4,9 % des dépenses directes de programmes. Le budget de 2025 inclut un plan sommaire des économies attendues par ministère. Par exemple, l’Agence du revenu du Canada (ARC) devrait réinvestir toute économie opérationnelle dans des ressources supplémentaires pour traiter les dossiers plus complexes, tout en renforçant la conformité fiscale et le recouvrement des créances, ce qui devrait générer environ 4,9 milliards de dollars de revenus supplémentaires au cours des cinq prochaines années. Ces investissements entraîneront probablement une augmentation du nombre de différends fiscaux avec les autorités fiscales.
La plateforme électorale du Parti libéral pour 2025 prévoyait un examen du régime d’imposition des sociétés par des experts, fondé sur les principes d’équité, de transparence, de simplicité, de durabilité et de compétitivité. De nombreuses organisations, dont Deloitte, ont réclamé une réforme fiscale significative afin d’améliorer la compétitivité du pays. L’absence de toute mention d’une réforme fiscale ou de reconnaissance de la nécessité de mettre l’accent sur des changements visant à stimuler l’investissement et la productivité des entreprises constitue une occasion manquée de dialoguer de manière constructive avec le milieu des affaires et la communauté fiscale.
À l’issue d’une consultation précédente, le budget de 2025 comprend des propositions législatives visant à modifier les règles canadiennes en matière de prix de transfert afin d’accorder une plus grande importance à la substance économique et de renforcer certaines exigences administratives. Bien que la plupart des groupes multinationaux tiennent déjà compte de la substance économique dans leurs conventions de prix de transfert, il reste à voir comment la législation sera administrée et appliquée en pratique.
Le budget de 2025 propose des avancées positives vers la simplification, notamment avec l’abrogation de la Loi sur la taxe sur les logements sous-utilisés et l’élimination de la taxe de luxe sur les aéronefs et les navires. La déclaration pour les simples fiducies est de nouveau différée jusqu’en 2026, tandis que l’élargissement des exigences en matière de déclaration pour les organismes sans but lucratif est reporté à 2027. Ces reports successifs et les consultations en cours témoignent de la complexité croissante du régime fiscal canadien, tandis que la reconduction d’une longue liste de mesures précédemment annoncées (certaines depuis plusieurs années) souligne encore davantage la nécessité d’une réforme fiscale en profondeur et en temps opportun, incluant une simplification. Le contenu détaillé du prochain projet de loi fiscal qui sera présenté à la Chambre des communes sera utile pour déterminer l’état précis des différentes mesures techniques en suspens.
Passation en charges immédiate pour les bâtiments de fabrication ou de transformation
Le budget de 2025 propose de fournir temporairement une passation en charges immédiate pour le coût de certains bâtiments de fabrication ou de transformation admissibles nouvellement acquis (y compris les ajouts ou modifications apportés à un bâtiment existant). La déduction bonifiée offrirait une déduction de 100 % dans la première année d’imposition au cours de laquelle le bien admissible est utilisé, pourvu qu’il respecte une exigence minimale de 90 % de l’aire de plancher du bâtiment, qu’il soit acquis le 4 novembre 2025 ou après, et qu’il soit utilisé pour la première fois pour la fabrication ou la transformation avant 2030. Un taux bonifié d’amortissement pour la première année (passant de 75 % à 55 %) serait offert pour les biens admissibles utilisés pour la première fois à des fins de fabrication ou de transformation entre 2031 et 2033.
Programme d’encouragements fiscaux pour la RS&DE
Le gouvernement a confirmé son intention d’introduire une législation visant à appuyer les changements au programme de RS&DE annoncés dans l’Énoncé économique de l’automne 2024, avec une bonification additionnelle introduite dans le budget de 2025. Ces changements incluent notamment l’augmentation de la limite de dépenses de 3 millions à 6 millions de dollars pour le crédit d’impôt remboursable bonifié de 35 %, une modification du seuil inférieur et supérieur du capital imposable de l’année précédente servant à établir le montant de la limite de dépenses pour les porter respectivement à 15 millions et à 75 millions de dollars (auparavant 10 millions et 50 millions de dollars), l’élargissement de l’admissibilité de sociétés publiques canadiennes au taux de crédit d’impôt remboursable bonifié de 35 %, ainsi que des modifications à la possibilité de demander certaines dépenses en capital. Les changements s’appliqueront aux années d’imposition débutant le 16 décembre 2024 ou après.
Report d’impôt au moyen de structures de paliers de sociétés
À compter des années d’imposition débutant le 4 novembre 2025, le budget de 2025 propose de limiter la possibilité de reporter le paiement de l’impôt remboursable sur les dividendes imposables versés au moyen d’une structure de paliers de sociétés ayant des fins d’exercice décalées. La législation introduit la notion de remboursement au titre de dividendes suspendu.
Le mécanisme anti-report prévoit que le payeur de dividende dans une chaîne de sociétés affiliées voit son remboursement au titre de dividendes suspendu jusqu’à ce que le bénéficiaire du dividende ait versé un dividende imposable à une société non affiliée ou à un actionnaire individuel. Un allégement est prévu pour les payeurs de dividendes faisant l’objet d’une acquisition de contrôle, à condition que les dividendes imposables soient versés dans les 30 jours suivant l’acquisition de contrôle.
Autres mesures fiscales touchant les entreprises
Prix de transfert
Le budget de 2025 propose la mise en œuvre de divers changements aux règles canadiennes sur les prix de transfert, applicables aux années d’imposition débutant après le 4 novembre 2025. Les changements proposés incluent les éléments suivants :
Règle des 21 ans pour les fiducies
Le budget de 2025 propose d’élargir la règle anti-évitement actuelle visant les transferts directs de biens entre fiducies, afin d’y inclure également les transferts indirects de biens d’une fiducie vers d’autres fiducies, en complément des règles existantes et des opérations à signaler actuelles. Cette modification vise à élargir les règles existantes en ajoutant un critère pour les biens transférés « directement ou indirectement, de quelque manière que ce soit ». Cette mesure s’appliquerait aux transferts de biens effectués le 4 novembre 2025 ou après.
Prestations fédérales automatisées pour les personnes à faible revenu
À compter de l’année d’imposition 2025, le budget propose d’accorder à l’ARC le pouvoir discrétionnaire de produire une déclaration de revenus pour une année d’imposition au nom d’un particulier (autre qu’une fiducie) qui répond à certains critères, y compris, mais sans s’y limiter, un seuil de faible revenu (revenu inférieur au montant personnel de base fédéral ou à l’équivalent provincial, majoré du montant pour l’âge et/ou pour invalidité), un seuil de vérification selon lequel seuls des revenus provenant de feuillets d’information transmis à l’ARC sont déclarés, et un seuil de non-conformité si le contribuable a été en défaut de produire une déclaration pour au moins une des trois années précédentes.
Aucun changement n’est prévu aux processus actuels de cotisation, d’opposition et d’appel. Les contribuables pourront toutefois se retirer de la production automatisée des déclarations de revenus.
Le gouvernement sollicite des observations concernant ce nouveau processus d’ici le 30 janvier 2026.
Autres mesures fiscales pour les particuliers
Fraude de type carrousel
Le budget de 2025 annonce une mesure visant à lutter contre les stratagèmes frauduleux de type carrousel, qui consistent à facturer la taxe sur les produits et services/taxe de vente harmonisée (TPS/TVH) sans en remettre le montant au gouvernement. La mesure implique l’introduction d’un mécanisme de versement inversé sur certaines fournitures de services de télécommunication acquises en vue de fournir ces services, ainsi que des mesures administratives connexes concernant la facturation et la disponibilité des remboursements à l’égard de toutes taxes payées par erreur. Les parties prenantes sont invitées à soumettre leurs commentaires sur ces propositions d’ici le 12 janvier 2026.
La taxe sur les logements sous-utilisés, annoncée pour la première fois dans le budget de 2021, est abrogée, de sorte qu’aucune déclaration ne sera requise pour l’année d’imposition 2025 et les années suivantes. Cette modification est une simplification bienvenue d’un régime qui ne rapportait qu’environ 30 millions de dollars par année, comparativement aux prévisions initiales du budget de 2021 qui s’élevaient à près de 165 millions de dollars.
Le gouvernement propose également de mettre fin à la taxe de luxe applicable aux aéronefs dont la valeur dépasse 100 000 $ et aux navires dont la valeur dépasse 250 000 $, à compter du 5 novembre 2025. Toutefois, la taxe sur les véhicules de luxe demeure en vigueur.
Dans le budget de 2025, le gouvernement a confirmé son intention de donner suite à un certain nombre de mesures proposées et introduites précédemment, après avoir pris en compte les consultations et délibérations menées depuis leur publication. Les mesures suivantes ont été réaffirmées :