Deloitte dévoile la 2ème édition de son étude consacrée au secteur bancaire de la zone UEMOA sur la période 2020-2024. L’étude démontre qu’au-delà de la tendance globale de croissance soutenue et des rentabilité stables, la situation des banques reste hétérogène selon les pays de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), avec des profils de risque et de développement contrastés.
L’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) montre une dynamique macro-économique favorable sur les prochaines années, avec une accélération de la croissance du PIB et une légère baisse de l’inflation. Cela est porté par les secteurs primaire et tertiaire, et aussi l’émergence d’un secteur des hydrocarbures.
Le PIB de la zone UEMOA a progressé de 6,1 % en 2024, contre 5,2 % en 2023, soutenu en particulier par une campagne agricole 2023/2024 favorable en Côte d’Ivoire et un dynamisme accru du secteur secondaire, notamment les industries extractives comme le pétrole et le gaz. L’inflation moyenne annuelle atteint 3,5 % en 2024, en recul par rapport à 2023 (3,7%). Cette baisse modérée s’explique par la diminution des prix des produits alimentaires importés et la stabilité des prix des produits pétroliers, qui limitent les pressions sur les coûts dans la zone.
Cette dynamique économique se traduit par une évolution significative du secteur bancaire, dont le total bilan en croissance continue souligne l’importance relative du système financier dans l’économie de la zone UEMOA.
Croissance économique et contribution du secteur bancaire
La région enregistre une croissance soutenue, avec un PIB en progression de +6,1 %. Le secteur bancaire continue d’y jouer un rôle structurant, en maintenant une contribution stable à la dynamique économique globale.
Évolution concurrentielle
Le marché bancaire connaît une intensification de la concurrence. La part de marché des dix premières banques est passée de 69,9 % en 2020 à 62,8 % en 2024, traduisant l’émergence et le développement de nouveaux acteurs, ainsi qu’une redistribution progressive des positions concurrentielles.
Concentration sectorielle
Malgré cette évolution, certains pays présentent encore un niveau élevé de concentration bancaire. Cette situation peut constituer un risque sectoriel, en accentuant la dépendance du système financier à un nombre restreint d’établissements dominants.
Côte d’Ivoire : locomotive régionale
La Côte d’Ivoire confirme son rôle moteur au sein de la zone, avec la plus forte progression du Produit Net Bancaire (+10,4 %). Cette performance s’accompagne d’une amélioration de la qualité des actifs, marquée par une baisse du taux de créances douteuses (NPL) de 1,1 point par rapport à 2023.
Stagnation observée dans plusieurs pays en 2024
Dans certains pays — notamment le Sénégal, le Togo, le Burkina Faso, le Bénin et le Mali — la croissance du PNB demeure limitée, avec une évolution inférieure à 2,7 % par rapport à 2023. La qualité des portefeuilles y reste globalement stable, sans amélioration significative.
Niger et Guinée-Bissau : marchés sous pression
Le Niger et la Guinée-Bissau affichent une rentabilité faible, conjuguée à une dégradation marquée de la qualité des actifs. Les taux de créances douteuses atteignent respectivement 26,8 % et 18,7 %, soulignant la nécessité d’une réflexion stratégique et d’ajustements structurels.
Croissance maîtrisée et rentabilité stable
Les banques de la région enregistrent une progression modérée de leur PNB (+3,4 %), avec une rentabilité des capitaux propres (ROE) stable autour de 16 %. Le coefficient d’exploitation, maintenu à environ 60 %, reste maîtrisé, bien qu’un potentiel d’amélioration subsiste via l’optimisation des coûts et l’accélération de la digitalisation.
Prudence dans l’activité de crédit
Le taux de transformation demeure stable autour de 77 %, tandis que la qualité des portefeuilles s’améliore. Cette évolution reflète une gestion plus sélective et prudente des crédits, dans un contexte économique exigeant.
Pression sur les marges
La hausse des taux de refinancement et les tensions sur la liquidité exercent une pression sur les marges nettes d’intérêt, qui s’établissent à 4,8 %, contre 5,2 % en 2023.
Capitalisation en progression
La capitalisation boursière des banques cotées dans la zone UEMOA progresse de +17,5 % par rapport à 2023, principalement portée par les établissements ivoiriens.
Politique de distribution attractive
Le taux moyen de distribution des dividendes atteint 45 % du résultat net, en hausse par rapport à 41 % en 2023, renforçant l’attractivité du secteur pour les investisseurs.
Indicateurs de valorisation en amélioration
Les multiples de valorisation enregistrent une légère progression : le PBR s’établit à 1,3x (contre 1,2x en 2023) et le PER à 6,5x (contre 5,3x en 2023), traduisant une amélioration modérée de la perception du marché.