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Norme IFRS 9 : nouveaux risques, provisionnement des banques sous tension

Tensions géopolitiques, risque climatique et inflation bousculent le Forward Looking d’IFRS 9 et poussent les banques à revoir leurs modèles de provisionnement.

Le principe clé Forward Looking (projection des risques futurs) de la norme comptable internationale IFRS 9 (International Financial Reporting Standard 9) est confronté à une transformation profonde des risques bancaires. Chocs géopolitiques, crise énergétique, inflation persistante, risque climatique et fragilités de l’immobilier commercial ne se diffusent plus selon des schémas linéaires et prédictibles. Faute de données historiques suffisantes, les banques renforcent le rôle des ajustements post‑modèles (overlays) dans le pilotage du provisionnement, au point de voir ces mécanismes exceptionnels prendre une place de plus en plus structurelle.

En résumé

  • Le Forward Looking IFRS 9 atteint ses limites face aux risques émergents et aux chocs non linéaires.  
  • Les overlays IFRS 9 sont devenus un levier structurel de provisionnement, révélant les insuffisances des modèles actuels.  
  • Les superviseurs renforcent leurs exigences en matière de gouvernance, de documentation et de validation des ajustements post-modèles.  
  • Les banques les plus avancées enrichissent leurs scénarios macroéconomiques et réintègrent progressivement certains risques dans leurs modèles Probability of Default (PD), Loss Given Default (LGD) et Exposure at Default (EAD).  
  • L'évolution d'IFRS 9 passe par une approche plus granulaire, intégrant les risques sectoriels, géopolitiques et les nouveaux paramètres de marché. 

Forward Looking IFRS 9 : limites, overlays et nouvelles pratiques

Découvrez l’étude de Deloitte sur les limites du Forward Looking IFRS 9, le rôle croissant des overlays et les pistes d’évolution des modèles de provisionnement face aux nouveaux risques.

Depuis l'entrée en vigueur de la norme comptable internationale IFRS 9 en 2018, les banques ont industrialisé des dispositifs de projection macroéconomique : scénarios, modèles statistiques satellites de Probability of Default (PD), Loss Given Default (LGD), et Exposure at Default (EAD), calibrés sur des cycles économiques relativement prévisibles. Ce postulat est aujourd'hui mis à l'épreuve par un changement de nature des risques.

La Banque centrale européenne (BCE) identifie explicitement les tensions géopolitiques, les perturbations des chaînes d'approvisionnement, la crise énergétique, l'inflation, le risque climatique et les vulnérabilités du marché immobilier commercial comme des défis structurels pour le provisionnement IFRS 9. Ce qui distingue ces risques des chocs économiques classiques n'est pas leur intensité, mais leur nature : ils se diffusent par des canaux indirects, frappent différemment selon les secteurs et les géographies, et ne disposent pas, à ce jour, d'un historique statistique suffisant pour être pleinement intégrés dans des modèles validés.

La réponse de marché à cette inadéquation a été l'ajustement post-modèle. Le benchmark européen de Deloitte confirme que les ajustements appliqués aux provisions calculées par les modèles IFRS 9 (overlays) demeurent aujourd'hui l'un des principaux leviers de pilotage du provisionnement sur le portefeuille performant, sans tendance baissière marquée malgré l'accumulation progressive de données depuis la pandémie. Cette persistance interroge directement la capacité du principe Forward Looking, dans sa construction actuelle, à couvrir seul l'ensemble des risques auxquels les banques sont aujourd'hui exposées.

Cet article formule des constats sur l'état actuel et soulève les enjeux de la composante Forward Looking du dispositif IFRS 9, dans un contexte d'instabilité, d'émergence de risques nouveaux et de changement de dynamique des marchés. Les enjeux liés à la construction des scénarios macroéconomiques, aux modèles satellites PD, LGD et EAD, ainsi qu'à des paramètres aujourd'hui peu discutés comme le taux d'actualisation ou les remboursements anticipés, y seront abordés. L'ambition n'est pas de proposer une feuille de route, mais de poser les bonnes questions à un moment où la pratique de marché elle-même n'a pas encore stabilisé ses réponses.

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Questions fréquentes 

Qu’est-ce que la norme IFRS 9 ? 

IFRS 9 (International Financial Reporting Standard 9) est une norme comptable internationale qui définit les règles de comptabilisation et d'évaluation des instruments financiers. Publiée par l'International Accounting Standards Board, elle est entrée en vigueur le 1er janvier 2018, remplaçant la norme IAS 39. 
Pour les banques, son principal objectif est d'anticiper davantage les pertes de crédit, plutôt que d'attendre qu'un défaut survienne. 

Comment fonctionne IFRS 9 ? 

La norme repose sur le modèle des pertes de crédit attendues (Expected Credit Losses ou ECL).
Les établissements financiers doivent estimer, dès l'octroi d'un prêt, les pertes susceptibles de survenir au cours de sa durée de vie, en tenant compte de perspectives économiques futures (forward looking). 
Les actifs sont répartis en trois catégories : 

  • Stage 1 : le risque de crédit n'a pas augmenté de manière significative depuis l'octroi. La banque comptabilise les pertes attendues sur les 12 prochains mois.  
  • Stage 2 : le risque de crédit s'est significativement accru. Les pertes attendues sont calculées sur toute la durée de vie du prêt.  
  • Stage 3 : le prêt est considéré comme déprécié ou en défaut. Les pertes sont également calculées sur la durée de vie, avec un traitement spécifique des revenus d'intérêts.  

Qu’est-ce qu’un overlay ?  

Un overlay est un ajustement appliqué aux provisions calculées par les modèles IFRS 9 lorsque ces derniers ne reflètent pas correctement un risque identifié. 
Il s'agit donc d'une correction post-modèle (post-model adjustment) qui permet à une banque de compléter ou d'ajuster le montant des pertes de crédit attendues (Expected Credit Losses – ECL) lorsque les modèles statistiques sont jugés insuffisants. 

Pourquoi IFRS 9 est-elle importante ? 

La crise financière de 2008 a montré que les anciennes règles comptables conduisaient à reconnaître les pertes trop tard. IFRS 9 vise à : 

  • Anticiper les pertes de crédit  
  • Rendre les provisions plus réactives aux évolutions économiques  
  • Renforcer la résilience des banques face aux crises 

Quel est le lien avec le Forward Looking ? 

Le Forward Looking est l'un des principes clés d'IFRS 9. Les banques ne s'appuient plus uniquement sur les données historiques : elles doivent intégrer des scénarios économiques prospectifs (croissance, inflation, chômage, taux d'intérêt, etc.) pour estimer les pertes futures. 
Les modèles Forward Looking ont été conçus pour des cycles économiques relativement prévisibles, mais ils peinent aujourd'hui à intégrer des risques émergents comme les tensions géopolitiques, le changement climatique, les perturbations des chaînes d'approvisionnement ou les crises énergétiques. Les overlays sont alors utilisés pour compenser ces limites, ce qui pose la question de l'évolution du cadre IFRS 9. 

Pourquoi le Forward Looking IFRS 9 est-il remis en question aujourd'hui ? 

Le dispositif a été conçu pour modéliser des cycles économiques relativement stables. Les risques actuels — géopolitiques, climatiques, énergétiques ou liés aux chaînes d'approvisionnement — sont plus complexes, moins linéaires et difficilement intégrables dans les modèles statistiques traditionnels. 

Comment les banques font-elles évoluer leurs modèles IFRS 9 ? 

Les établissements travaillent sur des scénarios macroéconomiques plus granulaires, une meilleure prise en compte des risques sectoriels, l'amélioration des modèles PD, LGD et EAD, ainsi que l'intégration progressive de certains risques aujourd'hui couverts par les overlays. 

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