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Catastrophes naturelles : quel impact sur les défaillances des entreprises en France ?

L’analyse croisée des bases GASPAR (Gestion Assistée des Procédures Administratives relatives aux Risques) et de la base sectorielle Deloitte® sur la période 2015–2025 révèle des impacts ciblés selon l’ancienneté et le secteur d’activité, malgré le rôle amortisseur du régime d'indemnisation CatNat et des aides publiques.

En résumé

  • Entre 2015 et 2025, trois aléas concentrent l’essentiel des épisodes de catastrophe naturelle recensés : inondations, mouvements de terrain et sécheresse.
  • Les inondations représentent l'aléa le plus fréquent avec 157 épisodes, soit près de 37 % des catastrophes naturelles.
  • Une méthodologie dédiée, qui croise les bases GASPAR et la base sectorielle Deloitte®, permet de caractériser les épisodes de catastrophe naturelle selon leur durée, leur étendue géographique et leur niveau de gravité.
  • Aucune hausse généralisée des défaillances n’est observée après des inondations, mais il s'agit d'impacts ciblés selon l’ancienneté et le secteur : les signaux les plus marqués de défaillance concernent les PME de 6–10 ans et de 11–15 ans, ainsi que le secteur de la construction.
  • Les résultats suggèrent que le régime CatNat, les aides publiques et les délais des procédures collectives contribuent à amortir l'impact économique des catastrophes naturelles sur les entreprises. 

Catastrophes naturelles et défaillances d’entreprises en France

Retrouvez l’intégralité des résultats, la méthodologie détaillée et les analyses sectorielles sur l’impact des inondations sur les défaillances d’entreprises en France.

Analyse des évènements de catastrophe naturelle  

Pour la période analysée (2015 à 2025), la prédominance de trois aléas est constatée : les inondations, les mouvements de terrain et la sécheresse, qui concentrent l'essentiel des épisodes recensés.  

Les mouvements de terrain affichent une présence forte et constante, avec des niveaux comparables à ceux des inondations sur la première partie de la période (23 épisodes en 2015, 33 en 2016, 32 en 2018). Une inflexion intervient à partir de 2022, où les chiffres chutent sensiblement (12 épisodes en 2022, 19 en 2023, 9 en 2024), sans qu'il soit possible de conclure à ce stade à une tendance structurelle ou à un simple effet de décalage dans les reconnaissances. 

La sécheresse présente le profil le plus atypique. Relativement stable entre 2015 et 2021 (entre 10 et 17 épisodes par an), elle connaît un pic marqué en 2022 avec 19 épisodes, directement lié à l'épisode de sécheresse historique qui a frappé la France cette année-là. Elle retombe ensuite à 5 épisodes en 2023, puis à zéro sur 2024–2025, ce qui reflète vraisemblablement un délai de reconnaissance administrative plutôt qu'une disparition réelle du phénomène, les arrêtés CatNat pour cet aléa étant souvent publiés avec un retard de plusieurs mois voire plusieurs années. 

Les inondations constituent l'aléa le plus fréquent et le plus régulier sur l'ensemble de la décennie, avec un nombre d'épisodes annuels oscillant entre 20 et 37. Le pic est atteint en 2018 (37 épisodes), suivi de 2023 (33 épisodes). La fréquence reste soutenue sans tendance baissière claire, ce qui témoigne du caractère structurellement récurrent de cet aléa sur le territoire métropolitain. 

Compte tenu de sa prédominance et de la régularité des épisodes liés à l’inondation, l’étude a été recentrée sur cet aléa. En effet, sur la période 2015–2025, 157 évènements liés aux inondations, soit près de 37 % du total des catastrophes naturelles recensés sur la période étudiée. Au-delà de leur prédominance numérique, les inondations présentent des caractéristiques méthodologiques intéressantes : leur couverture dans la base GASPAR est plus exhaustive que celle des autres aléas, et leurs contours temporels et géographiques sont plus clairement délimités, ce qui facilite la construction d'épisodes cohérents et l'identification d'effets économiques mesurables.   

Impacts sur les défaillances de PME par ancienneté 

Afin d'affiner la lecture des dynamiques de défaillance, les PME ont été segmentées par tranche d'ancienneté. Cette dimension est en effet structurante : les entreprises jeunes, dont les réserves financières sont plus limitées et le modèle économique moins consolidé, sont a priori plus vulnérables à un choc exogène qu'une entreprise établie de longue date.  

  • PME de moins de 3 ans d'ancienneté. Après novembre 2023, aucune accélération notable des défaillances n'est observable. Ce résultat peut sembler contre-intuitif pour la catégorie a priori la plus fragile, mais il s'explique probablement par le fait que les très jeunes entreprises, souvent de petite taille et peu exposées aux actifs physiques, ont été moins directement affectées par les dommages matériels liés aux inondations. 
  • PME de 3 à 5 ans d'ancienneté. Aucune rupture de tendance clairement attribuable aux inondations n'est identifiable dans les mois suivant novembre 2023.

Pris dans leur ensemble, les résultats par ancienneté ne font pas apparaître de signal uniforme et significatif sur les défaillances de PME consécutivement aux inondations. Le signal le plus perceptible concerne les entreprises de 6 à 10 ans et de 11 à 15 ans avec notamment un pic du nombre de défaillance en fin d’année 2024, mais il reste insuffisant pour conclure à un impact causal. 

Impacts sur les défaillances de PME par secteur d’activité  

L'analyse a ensuite été conduite secteur par secteur, afin de déterminer si certaines filières ont été plus affectées que d'autres par l'épisode. Six secteurs ont été examinés.  

L'analyse sectorielle des défaillances de PME révèle des dynamiques contrastées selon les filières. La construction constitue le seul secteur présentant un signal lisible : une hausse des défaillances est observable en fin d’année 2024, cohérente avec les dommages directs subis par les bâtiments et l'interruption de chantiers. Pour les cinq autres secteurs analysés (industrie manufacturière, services financiers et immobiliers, hôtellerie-restauration, commerce & réparation et transports & entreposage), les trajectoires restent sans rupture clairement attribuable aux inondations. 

Cette étude constitue une première exploration empirique du lien entre catastrophes naturelles et défaillances d'entreprises en France, en s'appuyant sur le croisement de la base GASPAR et de la base sectorielle Deloitte®. Elle met en œuvre une méthodologie de construction des épisodes CatNat, fondée sur la cohérence temporelle et géographique des phénomènes et une variable de gravité permettant d'isoler les événements les plus intenses. Ces résultats ouvrent la voie à de nouvelles analyses, pour mieux intégrer le risque climatique dans l’évaluation du risque de crédit, les politiques d’assurance et les stratégies de prévention des entreprises et des pouvoirs publics.

Notre accompagnement

Face à l’intensification des aléas climatiques, Deloitte vous aide à intégrer le risque climatique dans vos modèles de risque, vos stress tests et vos dispositifs de gestion des risques.

Questions fréquentes

Comment l'étude mesure-t-elle l'impact des catastrophes naturelles ? 

L'analyse croise les données de la base GASPAR, qui recense les catastrophes naturelles reconnues en France, avec la base sectorielle Deloitte® regroupant les créations et défaillances d'entreprises. Une méthodologie spécifique permet ensuite de reconstituer des épisodes cohérents et d'évaluer leur niveau de gravité. 

Pourquoi les inondations sont-elles au cœur de cette étude ? 

Les inondations représentent l'aléa naturel le plus fréquent en France sur la période 2015-2025. Leur récurrence et la qualité des données disponibles permettent de mesurer plus précisément leurs conséquences économiques. 

Les inondations augmentent-elles les défaillances des entreprises ? 

L'étude ne met pas en évidence d'augmentation généralisée des défaillances d'entreprises après un épisode d'inondation. Les effets observés restent limités et varient selon les secteurs d'activité et les caractéristiques des entreprises. 

Pourquoi les catastrophes naturelles ne provoquent-elles pas davantage de défaillances ? 

Plusieurs facteurs peuvent amortir les conséquences économiques : le régime d'indemnisation CatNat, les aides publiques exceptionnelles, les couvertures d'assurance et les délais entre le choc subi et l'ouverture éventuelle d'une procédure collective. 

Quels enseignements cette étude apporte-t-elle aux banques et aux assureurs ? 

Les résultats offrent une base empirique pour mieux évaluer le risque climatique, affiner les modèles de risque de crédit et améliorer la prise en compte des catastrophes naturelles dans les stress tests et les politiques d'assurance. 

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