L’année 2026 marque un tournant décisif pour le secteur bancaire français, s’inscrivant dans une « nouvelle normalité » définie par une fragmentation géopolitique structurelle et une exigence opérationnelle sans précédent. La nouvelle édition de l’étude Banking Trends propose une analyse des dynamiques qui façonnent l’industrie, structurée autour de cinq axes : résister, orienter, baisser les coûts, unifier, se réinventer.
Alors que l’économie mondiale navigue entre stabilisation de l’inflation et risques de correction boursière, les banques françaises affichent une solidité bilancielle rassurante, un an après l’entrée en vigueur des directives CRR3/CRD6 marquant le point final du paquet bancaire. La priorité des établissements et du régulateur s’adapte au contexte actuel : la résilience géopolitique et la résilience opérationnelle constituent désormais les enjeux clés en matière de gestion des risques. Le lancement inédit, par l’EBA et la Banque centrale européenne, d’un stress test géopolitique en 2026, en est l’illustration. Ces nouvelles préoccupations incitent les établissements à repenser leur exposition internationale et la robustesse de leurs chaînes de valeur.
Simultanément, l’industrie opère une mutation technologique profonde. L’application pleine et entière du règlement DORA (Digital Operational Resilience Act) transforme la gestion du risque informatique en un enjeu de gouvernance critique, plaçant la surveillance des tiers prestataires (Cloud, SaaS) au cœur des préoccupations de l’ACPR. Parallèlement, l’intelligence artificielle générative quitte le laboratoire pour entrer dans l’usine : certains acteurs déploient cette technologie à grande échelle pour contrer l’inflation des coûts et tenter de combler l’écart de productivité avec les géants américains.
Ce rapport explore également comment les banques françaises réorientent massivement leurs flux financiers vers deux moteurs de croissance : la transition climatique, avec un déficit de financement public-privé encore important, et la « Silver Économie », où l’adaptation au vieillissement démographique génère de nouveaux modèles de services intégrés.
Au-delà de la résilience financière, l’enjeu pour les banques est désormais de gérer les risques émergents : opérationnel, cyber, géopolitique et ESG.
Frédéric Bujoc, Associé responsable Banque
Les résultats des banques françaises au 31 décembre 2025 sont excellents : les revenus sont en croissance de 6 % en moyenne pondérée avec un rebond de la marge d’intérêt tiré par les activités de banque de détail, une bonne performance des activités de marché et une hausse des produits de commissions (assurance vie, gestion d’actifs). Par ailleurs, le coût du risque reste contenu.
L’année 2026 est marquée par une matérialisation des risques géopolitiques et la fragmentation du commerce mondial. Les guerres, sanctions, les barrières douanières et les stratégies de « friendshoring » (mondialisation entre pays alliés) reconfigurent les flux financiers mondiaux, obligeant les banques françaises à une agilité diplomatique et commerciale permanente. Si la crainte d’une récession profonde en zone euro s’est éloignée, la croissance et les perspectives de croissance restent peu dynamiques, bridées par la hausse du prix des matières premières, une demande volatile et des contraintes structurelles. Par ailleurs, le cycle de resserrement monétaire des années précédentes a laissé place à une phase de stabilisation, mais les taux d’intérêt, bien qu’en légère décrue, demeurent à des niveaux qui imposent une gestion rigoureuse du coût du passif bancaire.
Dans ce contexte, nous observons des croissances de PNB plus mesurées sur le 1er trimestre malgré un rebond de la marge d’intérêt qui se confirme sur les activités de banque de détail. Ainsi, les banques poursuivent malgré tout la transformation en profondeur de leur modèle d’activité marquée par une digitalisation plus forte (relation client, banque composable), la refonte des processus et SI legacy (move to cloud, intégration de l’IA) et le développement de nouveaux produits (actifs numériques, développement de nouvelles gammes de produits d’épargne, etc.).
Ainsi, nous sommes convaincus que les enjeux des banques s’articulent désormais autour des sujets de résilience opérationnelle, de souveraineté et d’innovation de produits.
Il s’agit ici de présenter les nouveaux risques auxquels font face les banques et comment elles s’adaptent pour les mesurer et les piloter, appuyées en cela par l’évolution des réglementations dont DORA pour la résilience opérationnelle ou la conduite de stress tests géopolitiques par la BCE en 2026.
C’est le métier premier de la banque : financer l’économie. Nous verrons comment les banques développent de nouveaux produits pour flécher les investissements et financements pour adapter nos économies aux enjeux du futur, notamment la transition climatique et le vieillissement de la population.
Le coefficient d’exploitation des banques françaises reste encore élevé par rapport à leurs pairs européens (61,3 % en moyenne au 31 décembre 2025 vs 54 % au 3e trimestre 2025 en Europe). La réduction des coûts reste donc une priorité pour les banques mais désormais en lien avec la transformation de leur modèle d’activité, notamment via l’utilisation de l’IA, la refonte des architectures SI legacy et le déploiement de plateformes data « agiles ».
Générer de la croissance passe également par le développement de nouveaux produits. L’essor des cryptoactifs dans un environnement régulé (MiCA) en est une des illustrations. La diversification des revenus dans des segments comme la banque privée, le service aux entreprises ou l’épargne, est également vecteur de croissance.
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