Alors que l’électrification s’impose comme une priorité de l’action publique, les énergies renouvelables constituent un des leviers stratégiques pour accompagner cette transition. Quelle peut être leur contribution en France face au triple impératif de souveraineté énergétique, de baisse de la facture et de lutte contre le réchauffement climatique ?
À l’aide d’une modélisation détaillée du système électrique, cette étude évalue les impacts d’une accélération de leur déploiement à horizon 2035, en comparant un scénario ambitieux avec la borne basse de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE). Les résultats indiquent que le déploiement rapide de l’éolien terrestre et du solaire réduirait à la fois le coût moyen de production de l’électricité et l’exposition de la France aux énergies fossiles importées. En contrepartie d’un besoin de soutien public, cette dynamique générerait des effets économiques favorables pour la facture des ménages, la compétitivité des entreprises consommatrices d’électricité et les recettes locales des collectivités.
Face aux tensions géopolitiques et à la hausse des coûts de l’énergie, l’électrification des usages s’impose comme un axe central de la stratégie énergétique française. Pour accompagner cette évolution, le mix de production devra s’ajuster. Quelle peut être la contribution des énergies renouvelables électriques, et quels seront les bénéfices associés à une accélération de leur déploiement à l’horizon 2035 ?
Cette analyse s’appuie sur le modèle énergétique de Deloitte : DARE. Elle compare deux scénarios de développement de l’éolien terrestre et du solaire :
Ces deux scénarios se positionnent dans un contexte de forte électrification, atteignant 580 TWh de consommation en 2035, en ligne avec le scénario « décarbonation rapide » du bilan prévisionnel de RTE.
L’analyse à l’horizon 2035 montre l’essor des batteries et des moyens de flexibilité qui se combine avec la baisse des coûts du solaire et de l’éolien pour renforcer leur compétitivité. En parallèle, l’électrification des usages ouvre un espace pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables.
Dans ce contexte, accélérer le déploiement des énergies renouvelables avec un scénario ambitieux permet de réduire les coûts de production de l’électricité, avec un gain collectif estimé à 500 M€/an en 2035. Cette meilleure efficacité entraînerait des gains significatifs pour les ménages et les entreprises.
L’essor des renouvelables contribuerait également à réduire la volatilité des prix de l’électricité, améliorer la compétitivité des entreprises électrifiées et renforcer la souveraineté de la France. Cet essor impliquerait un soutien public de la part de l’État pour initier les investissements. Ce soutien serait cependant partiellement compensé par les recettes additionnelles perçues par les collectivités territoriales, et collectivement bénéfique au vu des gains pour l’ensemble des acteurs.
Un essor accéléré des renouvelables – aligné sur la fourchette haute de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) plutôt que sur la fourchette basse – permet de baisser le coût moyen de production en 2035 en France, dans un contexte d’électrification rapide (voitures électriques, data centers, etc.). Cette baisse des coûts induirait 500 M€/an d’économies nettes pour les Français en 2035. Un enjeu important sera de limiter les coûts de réseaux associés.
L’électricité est une préoccupation centrale des Français, avec une facture moyenne d'environ 1 450 €/an. La réduction du prix de l’électricité par un déploiement accéléré des renouvelables entraînerait près de 900 M€/an d’économies en 2035 pour les ménages. Cette réduction de la facture d’électricité représente environ 34 €/an TTC pour un ménage moyen, et jusqu’à 61 €/an TTC pour un ménage rural électrifié dans un contexte de forte électrification.
Environ 500 M€ d’achats de gaz seraient évités sur la période 2030-2035 grâce à la réduction des importations de gaz, avec une amélioration de la balance commerciale. L’électricité produite avec de l’éolien et du solaire contient respectivement quatre et sept fois moins d’importations que celle produite avec du gaz.
Ces gains seront renforcés par l’activation des nombreux leviers de flexibilité du système électrique : charge intelligente des véhicules, chauffage pilotable, etc. Leur activation permettrait de réduire l’écrêtement des renouvelables de 10 % et de réduire de 20 % les pics de prix (prix supérieurs à 130 €/MWh) pour les consommateurs. L’activation des flexibilités de consommation réduirait le prix moyen de marché de près de 4 €/MWh. Par ailleurs, le déploiement de 1 GW de batteries apporterait environ 90 M€ d’économies annuelles au système électrique.
Le prix du gaz importé pour les industriels en Europe est environ 5 fois plus élevé qu’aux États-Unis, sachant que les seuls coûts de transport depuis les États-Unis reviennent à doubler le coût en Europe. Il est aussi 30 % plus élevé qu’en Chine sur la période 2022-2025. Dans ce contexte, l’électrification des procédés peut contribuer à renforcer la compétitivité des entreprises.
Le transport routier, les boulangeries ou les blanchisseries, demeurent particulièrement vulnérables aux prix de l’énergie. Pour une boulangerie électrifiée, la baisse des prix se traduirait par des économies de plus de 1 000 €/an, tout en protégeant des pics de prix futurs.
La baisse de prix de l’électricité permise par les renouvelables permettrait de réduire les coûts totaux de production d’environ 4 % pour la production d’aluminium primaire et la chimie, dans un contexte de filières sous fortes tensions internationales.
Le soutien public supplémentaire lié à l’accélération des renouvelables est estimé à 740 M€/an en 2035 pour l’État. En parallèle, les collectivités locales bénéficieraient d’une hausse des recettes fiscales liées au surcroît d’activité, estimée à 210 M€/an en 2035, ce qui viendrait contrebalancer le coût pour l’État. Ce soutien public permet d’investir pour baisser le coût total de production de l’électricité, dans un contexte d’électrification rapide, et donc d’en tirer les bénéfices en termes de facture pour les ménages, de résilience, de compétitivité et de souveraineté.