L’exploitation des sables bitumineux du nord de l’Alberta s’intensifie de façon phénoménale. Au cours des prochaines décennies, près de 100 milliards de dollars seront consacrés à la construction d’usines, de raffineries et d’une infrastructure sociale installées sur un champ pétrolifère qui recèle près de 175 milliards de barils, deuxième réserve du monde en importance après celle de l’Arabie Saoudite. Compte tenu de la croissance rapide de cette exploitation, un examen de son incidence sur l’environnement et les collectivités locales est essentiel. Certaines entreprises du secteur ont déjà adopté des formules innovantes qui intègrent à la planification à long terme des solutions qui prônent la Responsabilité d'entreprise et le développement durable.
La protection de l’environnement est passée au premier rang des grandes questions stratégiques auxquelles font face les entreprises qui exploitent les sables bitumineux. Selon Jamie Ross du groupe Responsabilité d'entreprise et développement durable de Deloitte dans l’Ouest canadien, « ces entreprises doivent déterminer comment intégrer la protection de l’environnement à leurs processus classiques de planification et de prise de décision. La solution consiste à tenir compte du coût de l’eau, des transports et du traitement dans les projets d’immobilisation, et à prendre la bonne décision d’entrée de jeu plutôt que d’apporter d’importants correctifs aux travaux effectués. » M. Ross croit que l’efficience accrue réduit non seulement les effets néfastes sur l’environnement, mais « procure aussi un avantage concurrentiel, car l’accès aux ressources et les coûts de production sont deux enjeux importants pour les exploitants de sables bitumineux. »
| « L’établissement d’une gouvernance autour des enjeux importants garantira que les personnes compétentes seront redevables. Idéalement, la responsabilisation s’étend à tous les paliers, allant du conseil d’administration au personnel de première ligne. » |
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— Jamie Ross
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Les problèmes environnementaux posés par les sables bitumineux entrent dans quatre catégories : utilisation et contamination de l’eau, utilisation et remise en état du sol, production de déchets et émissions de gaz à effet de serre des usines de traitement. Compte tenu du taux d’expansion actuel, il y a lieu d’envisager les incidences combinées ou les effets cumulatifs de cette exploitation. Les entreprises doivent donc tenir compte de nombreuses questions environnementales et sociales avant même le premier forage ou la première pelletée de terre, estime Henry Stoch, autre spécialiste du groupe Responsabilité d'entreprise et développement durable. Le défi, estime-t-il, consiste « à classer les obligations par degré d’importance, puis à établir un plan tactique visant à réduire au minimum les répercussions environnementales ».
Les entreprises ont besoin d’une stratégie pour réduire au minimum les répercussions environnementales
Certains des principaux acteurs du secteur des sables bitumineux ont choisi de gérer les risques environnementaux et de réduire au minimum les répercussions environnementales en adoptant une approche proactive. La démarche la plus importante est l’élaboration d’un plan à long terme dont l’objectif est de réduire les répercussions des projets d’exploitation. Valerie Chort, associée et leader nationale du groupe Responsabilité d'entreprise et développement durable, estime que les entreprises qui souhaitent améliorer leurs pratiques environnementales doivent se concentrer sur deux activités cruciales. D’abord, elles doivent établir un plan d’action stratégique des questions d’environnement et de durabilité qui soit inspiré des objectifs commerciaux de la société. Ensuite, elles doivent mettre en œuvre le plan d’action en se dotant des plans tactiques et des systèmes de gestion nécessaires pour mener à terme le programme prévu. Toutefois, les entreprises doivent, avant toute chose, évaluer les risques auxquels elles s’exposent afin de comprendre leurs caractéristiques et les intégrer au cadre de gestion des risques d’entreprise.
Dans le cas où une société aurait déjà établi un plan de gestion des risques pour l’environnement, la santé et la sécurité, elle doit se concentrer sur le système de gestion. Quels enseignements peut-elle tirer des indicateurs de rendement clés ? La société se rapproche-t-elle de ses objectifs d’atténuation des risques environnementaux et de durabilité environnementale, ou y a-t-il lieu de les réévaluer ? Les ressources humaines affectées au programme sont-elles suffisantes pour que le mandat soit rempli ? Une entreprise qui a produit un rapport de durabilité a déjà fait un grand pas en avant. L’étape suivante consistera peut-être à demander une vérification indépendante des mesures environnementales et des mesures de durabilité dont fait état ce rapport .
L’un des principaux défis que doivent relever les sociétés d’exploitation des sables bitumineux est le choix d’un mode d’intégration des plans dans tous leurs secteurs, si elles exercent des activités à l’échelle planétaire. « Il est essentiel d’aménager un cadre qui permettra aux unités d’exploitation ou aux établissements locaux d’harmoniser leurs activités environnementales et de comprendre les interventions qu’ils doivent effectuer sur le terrain », a déclaré M. Ross. Qu’elles soient d’envergure nationale ou internationale, les entreprises doivent concevoir une approche intégrée de la gestion des questions d’environnement, de santé, de sécurité et de durabilité. L’appui accordé par la direction est garant du succès. « L’établissement d’une gouvernance autour des enjeux importants garantira que les personnes compétentes seront redevables, a-t-il ajouté. Idéalement, la responsabilisation s’étend à tous les paliers, allant du conseil d’administration au personnel de première ligne. » Les grandes questions seront ainsi traitées adéquatement avec des ressources suffisantes, et il sera possible de trouver des solutions satisfaisantes dans le cadre des activités courantes.
Les entreprises sensibles à l’environnement auront le dessus
Les entreprises qui investissent dans la recherche et le développement pour la protection de l’environnement peuvent s’attendre à récolter des fruits à long terme. En réduisant la contamination ou les émissions de gaz à effet de serre, elles diminueront leurs frais d’exploitation et augmenteront ainsi leur avantage concurrentiel, signale Henry Stoch. « Une attitude innovante et un engagement à long terme sont essentiels, car les pressions en faveur de l’expansion sont massives, déclare-t-il. Notre rôle consiste à identifier les démarches qui, tout en favorisant la croissance, prônent le respect de l’environnement. »
Les sociétés qui diminuent les répercussions environnementales à l’étape de la planification bénéficieront d’un avantage concurrentiel dans la course aux concessions de sables bitumineux. « Comme le modèle de production énergétique du secteur est à fort coefficient de ressources, l’exploitant profitera d’un avantage concurrentiel s’il privilégie des questions à long terme telles que l’utilisation du sol, de l’eau et de l’énergie, et les émissions de gaz à effet de serre, affirme Mme Chort. Les sociétés du secteur des sables bitumineux qui souhaitent se distinguer par leur respect de l’environnement doivent jouer un rôle directeur au chapitre de la gestion et de l’intégration des questions d’environnement et de durabilité. »
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