L’industrie automobile traverse une période d’instabilité, et de nombreux facteurs touchent les intervenants de l’industrie dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement en Amérique du Nord. Certains fournisseurs de pièces d’automobile jouissent d’une importante croissance, tandis que d’autres sont victimes des forces du marché, et les analystes prévoient une hausse du côté du financement corporatif et des fusions et acquisitions.
Une industrie en transition
L’industrie automobile en Amérique du Nord traverse une période d’instabilité sérieuse. La demande de véhicules fabriqués par les Trois Grands faiblit, à mesure que les fabricants de l’Asie offrent de nouveaux modèles et plateformes sur le marché nord-américain à un rythme plus rapide. Les fluctuations du cours des marchandises et les risques de change entraînent une rationalisation accrue des fournisseurs et contribuent au maintien de la pression à la baisse sur les coûts. Un trop grand nombre d’intervenants de l’industrie automobile ont prévu un levier financier non viable dans leur structure de capital. Il leur est donc de plus en plus difficile de surmonter les obstacles.
Entre-temps, l’accélération de la tendance à la mondialisation de la chaîne d’approvisionnement menace les structures de coûts traditionnelles de la main-d’œuvre et introduit les risques de change. Les fournisseurs désireux d’étendre leurs activités à l’échelle internationale doivent tout de même continuer de faire face à une foule de règlements nationaux, allant de la réduction de la consommation de carburant à la recyclabilité en fin de vie utile, en passant par les directives sur les émissions de gaz. De plus, bien que la surcapacité doive baisser dans les quelques années à venir, elle est toujours présente dans certains segments de marché.
Dans l'ensemble de la chaîne d’approvisionnement nord-américaine, les intervenants de l’industrie automobile ressentent les pressions exercées par ces facteurs. En novembre 2005, sept des principaux équipementiers en Amérique du Nord, représentant un chiffre d’affaires de près de 28 milliards $ de ventes dans le cadre de l’ALENA, exploitaient leur entreprise en bénéficiant de la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Au Canada, les grands fabricants ont commencé à fermer des usines. Compte tenu de la tendance, les banques de l’annexe A ont aussi entrepris un examen de leurs volumes d’affaires dans l’industrie automobile. Toutefois, malgré les circonstances actuelles, il y a de l’espoir. La demande d’automobiles en Amérique du Nord ne va pas disparaître. En fait, cet environnement instable crée des occasions à long terme pour les intervenants astucieux.
Un nouveau cadre de succès
L’environnement actuel offre aux intervenants du secteur une occasion d’améliorer leur rentabilité à long terme. Cela est vrai tant pour les fabricants et fournisseurs que pour les investisseurs. Par exemple, les fabricants soucieux de renforcer leur infrastructure pourraient décider d’établir une structure de gestion des risques de la chaîne d'approvisionnement. Les composantes de cette structure pourraient inclure un système d’avertissement, un plan d'action pour composer avec les problèmes de fournisseurs, et un plan de gestion en cas d’insolvabilité.
En établissant ce type d’infrastructure, les fabricants devraient évaluer non seulement l’ampleur des problèmes potentiels des fournisseurs, mais aussi la probabilité qu’un fournisseur puisse avoir des difficultés financières. Certains signes avant-coureurs de difficultés imminentes incluent les problèmes de rotation ou de relève, une structure de gestion faible, des litiges imminents, des questions d'ordre environnemental, des problèmes de main-d'œuvre ou de syndicats, l’inefficacité de l'exploitation, l’inefficacité de la production ou du montage, les contraintes de mise en marché et les problèmes de qualité ou de livraison.
Si l’examen de la situation du fournisseur révèle l’imminence de l’insolvabilité, il est essentiel que les fabricants disposent d’un plan d’intervention. En fait, ce genre de plan devrait comporter des stratégies de réduction des coûts liés aux interruptions d'approvisionnement, tout en affectant les ressources appropriées aux négociations avec les créanciers et à la gestion de l’insolvabilité.
Réactions des fournisseurs
Pour leur part, les fournisseurs pourraient envisager des stratégies de diversification de la clientèle et de la croissance. Après tout, depuis l’an 2000, les principaux fournisseurs mondiaux ont connu une croissance d'environ 9 % globalement. De même, la croissance de cinq des dix principaux fournisseurs mondiaux a grimpé de plus de 12 % annuellement au cours des quatre dernières années.
Les moyens de croissance pour les fournisseurs peuvent comprendre les acquisitions ou les fusions, la croissance organique, ou encore les coentreprises ou les alliances. Dans le passé, la forte croissance a été le produit de quatre facteurs primordiaux : l’impartition à des équipementiers, les nouvelles technologies ou fonctionnalités, la substitution de matériaux et la vente à des clients ayant une croissance plus rapide. En outre, comme l’ALENA continue de perdre son leadership technologique dans certains domaines, il devient de plus en plus important que les fournisseurs aient une emprise internationale s’ils ne veulent pas se laisser dépasser par la technologie.
Cela dit, certains des plus grands fournisseurs nord-américains réorientent leurs portefeuilles de produits grâce à la vente de segments de produits et d’usines non essentiels. Il en résulte de nombreux biens à vendre. C’est cette dernière tendance qui présente des occasions pour les investisseurs.
En prévision des futures tendances
À mesure que la consolidation se poursuit, il fait peu de doute que le fait d’être préparé rapportera à ceux qui sauront en profiter. Les intervenants de l’industrie automobile pourraient avoir avantage à se lancer dans la consolidation pour se retrouver gagnants.
Par contre, il semble évident que certains intervenants ne survivront pas. En conséquence, les fusions et acquisitions d’entreprises en difficultés ont commencé à s’accélérer. En fait, les analystes de l’industrie prédisent une croissance phénoménale des fusions et acquisitions. Les raisons en sont variées. Par exemple, le ralentissement du rythme des fusions et acquisitions depuis 2001 a entraîné un accroissement du nombre de sociétés en bonne position pour être vendues. Les ratios de valorisation se sont également stabilisés depuis les faibles taux de 2001, les valeurs des transactions ayant atteint des sommets inégalés depuis la prolifération des sociétés point-com des années 2000. Au cours de l’année écoulée, l’activité transfrontalière et outre-mer s'est accrue à cause des entreprises qui cherchent à prendre de l'expansion outre-mer. De plus, les faibles taux d’intérêt ont permis de conserver la vitalité du secteur des prêts.
Il est aussi intéressant de constater la hausse continue des capitaux privés non investis, qui se chiffre actuellement aux environs de 100 milliards de dollars américains. Cette liquidité a propulsé les fonds de couverture dans le domaine des capitaux d’investissement privés, de la réassurance, des prêts et des autres modes de placement non traditionnels. Cette tendance permettra aux acquéreurs de financer des programmes d’acquisition plus audacieux et aux vendeurs de profiter de ratios de valorisation supérieurs.
Préparation en vue des nouvelles tendances
Pour les fabricants d’automobile, les fournisseurs ou les investisseurs, le moment est propice aux transactions. Bien que de nombreuses tendances actuelles se manifestent au sud de la frontière, les investisseurs de capitaux privés s’intéresseront davantage aux transactions canadiennes. Les fabricants de pièces d’automobile qui se tiennent au courant des tendances et qui recherchent les occasions seront bien placés pour prendre des décisions éclairées malgré le climat actuel d'incertitude.